Alternatives progressistes au projet de loi pouvoir d’achat du gouvernement
(Suite de l’article « Des miettes et du carbone » – loi pouvoir d’achat du gouvernement )
Après avoir démontrer de quelle imposture antisociale et antiécologique ce projet de loi est le nom dans une première partie, nous allons présenter dans cette seconde des alternatives progressistes en faveur du progrès écologique, social, humain et démocratique.
Alternatives sociales : augmentation des salaires, nouveau « contrat social »…
Il faut augmenter les salaires !! A l’antipode des logiques de primes et d’intéressement du gouvernement. En effet, ce sont des rentrées d’argent pérennes, régulières, cotisant pour la sécurité sociale et les retraites tout en donnant de la visibilité au salarié facilitant les emprunts par exemple. Tant de qualités dont les primes sont dépourvues.
Comme nos voisins allemands (+25%), espagnols et britanniques (+30%), il faut impérativement augmenter le SMIC ! Aujourd’hui, il se trouve à 1 302,64 € net et 1 645,58 € brut. Par exemple, une augmentation de 15% – franchement révolutionnaire – donnerait un SMIC mensuel à hauteur de 1 498,036€ net et 1892,417€ brut. C’est le minimum ! D’autant plus que les « smicards » sont bien plus impactés que la moyenne par l’inflation : leur consommation étant d’abord existentielle (logement, alimentation, énergie). Or, ce sont les prix qui ont le plus augmenté. Pour prendre quelques exemples concrets, l’inflation est en moyenne de 5,8% entre juin 2021 et juin 2022. Mais sur la même période le panier des produits de 1ere nécessité a beaucoup plus augmenté : Gaz +50%, Huile +36%, viande +17%, pâtes +20%, œufs +14%… Augmenter le SMIC est féministe car 59% sont des femmes. 75% travaillent dans des entreprises de plus de 10 salariés. Les TPE ne sont donc pas majoritaires et nous prévoyions une caisse de péréquation inter-entreprises pour permettre aux grandes entreprises de prendre en charge le surplus de cotisation sociale que les plus petites ne peuvent supporter. L’argument de la compétitivité avec nos voisins ne tient plus avec leurs augmentations déjà évoquées. De plus, tout cet argent sera immédiatement réinjecté dans l’économie réelle et locale avec l’achat de bien de produits de première nécessité. Nul n’ira spéculer dans la sphère financière, nul ne dormira sur un compte en banque ! Les anti-hausse du SMIC argue que cela ne ferait que favoriser la délocalisation. Or, ils travaillent dans Hôtellerie‑restauration (38,8 %), santé et action sociale (22 %), commerce (17,6 %), services administratifs (14,6 %), construction (10 %), propreté, livraison, logistique... Des métiers absolument pas exposés à ce phénomène : personne n’ira acheter son sandwich à Hong Kong. De plus, ce sont des secteurs où il existe des emplois non-pourvus : cela ne fera donc qu’encourager les travailleurs à postuler ! Les salariés au SMIC ne sont que deux millions sur 28 millions d’actifs ce qui annule l’argument de la spirale inflationniste prix-salaire.
Il faut également organiser des négociations collectives annuelles pour l’augmentation générale des salaires pour que toustes les salarié·es soient concerné·es ! Mieux répartir la valeur passe par la fixation d’un seuil minimal pour les revalorisations salariales, afin que la somme consacrée aux revalorisations salariales soit au moins égale à la croissance du retour à l’actionnaire (dividendes et rachats d’actions). Pour réduire les injustices et l’exception des grands patrons, limiter l’écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et celui le plus haut dans une entreprise est une mesure nécessaire. Elle a été proposée par la très modérée confédération européenne des syndicats.
D’urgence dégeler le point d’indice des fonctionnaires et rattraper le gel avec une augmentation réelle à partir de 10-15% allant jusqu’à 30%. Celui-ci étant gelé depuis plus de 10 ans ! Cette mesure doit nécessairement s’accompagner d’aides aux collectivités territoriales pour faire valoir ces hausses pour les fonctionnaires territoriaux avec un système de péréquation. Celles-ci étant déjà fragilisées par les restrictions budgétaires hollandistes et macronistes première édition.
Il est indispensable de mieux protéger les français·es face aux risques sociaux en renouvelant notre « contrat social » !
Pour les retraites, cela passe par le fait de porter à minima au niveau du SMIC revalorisé toutes les pensions pour une carrière complète et le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté.
Pour éradiquer la pauvreté, il faut créer une garantie d’autonomie qui permettra que nul ne soit privé de sa dignité pour vivre : le revenu mensuel de chaque personne atteindra ainsi le seuil de pauvreté (1 063 euros pour une personne seule). Abandonnés pendant 5 ans, la nécessité nous oblige à financer l’autonomie des jeunes détachés du foyer fiscal parental grâce à la garantie d’autonomie, qui les portera au-dessus du seuil de pauvreté. Il faut revaloriser toutes les prestations sociales comme les APL par exemple de 10%. L’allocation de rentrée scolaire doit être augmenter en fonction de l’inflation et ouverte dès 3 ans
Pour réparer cette injustice validiste, il faut déconjugaliser l’AAH, la revaloriser et l’indexer sur le SMIC.
Il faut s’adapter au retour durable de l’inflation ! En effet, nous avons de nombreuses raisons de penser que l’inflation va redevenir structurelle pour les années à venir. Parmi lesquelles la crise écologique qui s’accompagne de la raréfaction des ressources. Or, plus les ressources sont rares, plus les prix augmentent.
Pour cela, il faut bloquer les prix des produits de première nécessité : alimentaires, énergétique de l’ordre de 1,40€ pour l’essence. Cela doit s’effectuer en accompagnant les agriculteurs avec des prix rémunérateurs garantis pour les producteurs et avec des prix planchers pour les agriculteurs. Cependant, le blocage des prix ne peut être que temporaire ! Voilà pourquoi il faut indexer le montant des salaires, des pensions de retraites et des minima sociaux sur l’inflation.
Pour faire face à la spéculation immobilière, il faut encadrer les loyers partout sur le territoire et à la baisse dans les grandes villes mais aussi adopter un bouclier logement qui limite la part des revenus consacrée à se loger. Concrètement, cela nécessite de geler l’indice de référence des loyers. Nécessairement, une péréquation soit avoir lieu entre les petits et les gros propriétaires. Rappelons par ailleurs que 50% du parc locatif appartient à 3,5% de personnes ! Se cacher derrière les petits propriétaires pour rester dans l’inaction est donc idéologique.
L’acquisition de nouveaux droits universels ! Certains droits sociaux, comme l’école publique – même si des efforts restent à faire pour qu’elle le soit vraiment –, doivent être universels. Cela est le juste retour des choses lorsque accompagné d’une participation progressive par l’impôt, ce qui mérite également des améliorations. Il s’agit de garantir la gratuité des premières quantités d’énergie indispensables à une vie digne. Ou bien rendre effectif le droit à l’eau et à l’assainissement effectif par la gratuité des mètres cubes indispensables à la vie digne et par la suppression de l’abonnement (OMS : 15 m3 d’eau par jour et par personne : min vital). Pour que cela soit socialement juste et écologiquement efficace, une tarification progressive doit être mise en place pour désinciter aux mésusages néfastes (nettoyer sa voiture à gros jets) ou non-indispensables (remplir sa piscine). Puisque tout le monde doit pouvoir se soigner, le « 100 % Sécu » est de droit : remboursement à 100% des soins de santé prescrits et intégration les mutuelles dans la Sécurité sociale.
Redistribuer les superprofits pour répondre au contexte exceptionnel ! Comment est-il possible de justifier le gavage de quelques-uns quand 10 millions de français sont pauvres et 8 millions sont à l’aide alimentaire ? Les énergéticiens ont profité de la guerre en Ukraine et des aides publiques pour réaliser des surprofits. On peut parler de surprofits dans la mesure où ceux-ci ne résultent pas d’un effort supplémentaire de l’entreprise mais bien à des facteurs qui lui sont extérieurs. Il faut les taxer ! La Grande-Bretagne et l’Italie l’ont par exemple fait à hauteur de 25% ! Plus globalement, une autre mesure possible est la réquisition des dividendes distribués pendant une crise sanitaire, par les entreprises du CAC 40 pour faire face à l’urgence social et à l’investissement dans la planification écologique.
Mettre fin à l’abandon social des Outres-mers !
Il faut instaurer immédiatement un taux de TVA à 0% pour les produits de premières nécessités notamment en Guadeloupe, en Martinique, à la Réunion et à Saint-Martin. À Mayotte, aligner les prestations sociales et le droit du travail sur l’Hexagone est une mesure d’égalité entre les citoyens confortant l’indivisibilité républicaine. Plus structurellement, il est nécessaire de développer des transports publics dans nos territoires ultra-marins.
Alternatives écologiques : décarbonation, rénovations et démobilité
Comme le propose le gouvernement, mettre à l’ordre du jour la souveraineté énergétique est une obligation climatique. Mais cela ne nécessite ni charbon ni gaz de schiste mais bien efficacité, sobriété énergétique et développement des énergies renouvelables !
Premièrement, cela concerne le secteur énergétique qui doit subir une décarbonation massive ! Il est admis que l’efficacité et la sobriété énergétiques, ainsi que dans les projets énergétiques innovants comme les énergies marines renouvelables nécessite des investissements massifs. Ceux-ci sont bénéfiques puisqu’ils créent des emplois, remplissant les caisses de l’État ! Il faut ainsi viser le 100% renouvelable le plus vite possible. Cela passe par l’arrêt immédiat des subventions aux énergies fossiles, y compris à l’étranger.
Ensuite, cela concerne les transports. L’état doit favoriser la mobilité durable et sortir du tout voiture. La méthode doit indubitablement s’accompagner d’une forme de démobilité, soit la réduction de nos déplacements.
En guise de mesure d’urgence, il est possible d’instaurer une TVA à 5,5% sur les transports collectifs ou bien de les rendre gratuit.
Sur le long terme, l’investissement dans les transports collectifs et publics pour remailler le territoire doivent être proportionnel aux besoins. Dans le cadre de la démobilité, il faut organiser la ville et le travail autrement. Le lieu de travail doit se rapprocher du lieu de vie et les commerces de proximités doivent être revivifiés, les commerces de périphérie condamnés. Le développement et l’incitation aux usages partagés de la voiture comme le covoiturage requière l’action de l’État via des dispositifs de recensement, de mise en relation et de subvention. Les mobilités douces comme le vélo exige aussi des infrastructures et des incitations quand l’usage de la voiture doit disparaitre dans les grandes villes et n’être utilisé qu’en dernier recours partout une fois les transports collectifs développés. Il faut adopter un plan de développement du ferroutage et de report modal (cabotage maritime, fluvial et dirigeable). Un strict minimum de camions doit rouler sur les routes. Le reste doit se faire par le rail majoritairement.
Enfin, le logement, premier secteur de dépense des Français·es, n’est pas épargné ! Il faut rénover massivement en isolant au moins 700 000 logements par an. Cela passe par l’abolition des situations de précarité énergétique. Une action écologique et sociale ! Privilégier les rénovations complètes, interdire réellement la location des passoires thermiques, renforcer les programmes de détection des passoires énergétiques, cibler les aides à la rénovation en fonction des revenus des ménages sont des solutions à apporter.
Le partage des fruits du travail entre le capital et le travail. La vieille rengaine. Alors que les capitalistes ne font que subtiliser ce que les travailleurs et travailleuses produisent, l’État doit intervenir pour assurer une plus juste répartition de la plus-value. Renforcer notre État social est indispensable pour faire face à la crise écologique ! Il faut investir massivement et planifier les changements. Ainsi, nous deviendrons la « grande nation écologique » que le gouvernement appelle de ses vœux. Il ne semble pourtant pas en prendre le chemin trop occuper à révérer le marché comme solution à tout. En définitive, dans le combat pour l’hégémonie culturelle, je préfère le terme de « pouvoir de vivre » plutôt que celui de « pouvoir d’achat ». La préservation de la consommation faisant référence à un productivisme chevronné intenable écologiquement. La préservation de la vie passe évidement par des consommations indispensables mais regorge aussi de liens, du « prendre soin » et des échanges culturels et linguistiques bien plus riche qu’une consommation visant à nous endormir dans un capitalisme destructeur.
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