Favoriser l’abstention pour mieux gagner : faux-procès en antisémitisme

 

Favoriser l’abstention pour mieux gagner : faux-procès en antisémitisme


Écrit le 23 juillet 2022, encore plus pertinent au vue des événements récents. 


L’antisémitisme et les accusations en antisémitisme font rage dans la sphère politico-médiatique française. Les accusations plus ou moins justifiées fulminent. La gauche française et internationale en fait souvent l’objet. Elle a le bon dos d’indigner toujours les mêmes comme BHL, Finkielkraut etc… Ces mêmes indignés se trouve être aux abonnés absents lorsqu’il s’agit de condamner les propos ou les actes de monsieur Macron : il a affirmé lors d’une sortie présidentielle que Pétain était un « grand militaire » et Maurras un « grand intellectuel » ; le 8 novembre 2022, Macron a reçu à l’Élysée, lors d’une cérémonie, Elie Hatem. Celui-ci est un ami de Jean-Marie Le Pen, un monarchiste et un admirateur de l’antisémite Charles Maurras.

Ces dérapages sont dangereux mais restent sans communes mesures par rapport à ce qu’est l’extrême droite et l’institutionnalisation de la discrimination d’abord antisémite qu’elle a prôné à travers l’histoire avec le nazisme et la Shoah. Elle repose toujours sur les mêmes principes et avance masquée sous des airs parlementaires avec ses 91 députés désormais. Personne ne peut nier comme l’a rappelé Olivier Faure à la tribune de l’Assemblée nationale, il y a quelques jours, que « derrière chacune de leurs voies, il existe un cheval de Troie contre la République ». Personne ne peut nier qu’elle repose toujours sur des préceptes antisémites comme en témoigne encore en 2022 l’inscription de croix gammées dans l’espace public voir dans les cimetières.

Nous retracerons ici toutes les portes par lesquelles sont entrées les libéraux et leurs amis pour insulter et disqualifier la gauche de rupture et de transformation – la seule qui leur fait peur et c’est une bonne nouvelle, sinon elle ne serait qu’une arnaque de plus. En effet, puisqu’elle est la seule à proposer une réelle alternative aux politiques néo-ultra-ordo-libérales, elle se fait attaquer. N’ayant plus d’arguments, ils emploient la calomnie. Si ce n’était pas le cas, cette gauche devrait se remettre en question puisque si elle n’était pas attaquée c’est que pour le système, elle n’est pas une alternative. Ces attaques sont donc le signe de notre authenticité tout comme de leur peur du changement que l’on propose.

Quel est rapport avec le sujet me direz-vous ? Quel est le rapport avec l’abstention ? Tout d’abord, l’abstention est sociologiquement située : elle concerne davantage les moins diplômés et les plus modestes par exemple. Or, ces individus votent davantage pour la gauche. Ainsi, la droite aime entretenir une forme de confusionnisme électoral, le fameux « tous pareil » puisqu’elle ne concerne pas ses électeurs et électrices. En l’occurrence ici, accuser à tout vas ses opposants d’antisémitisme lui permet de favoriser l’abstention. Dégouter (encore) l’électorat de gauche par des suppositions en véhiculant des rumeurs. Globalement, telle est la stratégie de la droite, favoriser l’abstention car elle sait que ses électeurs, contrairement à l’électorat populaire et l’électorat de gauche en général plus enclin à s’abstenir, se rendra aux urnes. Il s’agit à travers cet article d’analyser certains aspects récurrents qui amène les attaques contre la gauche avant de faire la lumière sur trois affabulations récentes.

Antisionisme et antisémitisme

La gauche est parfois accusée d’être antisémite parce qu’elle critique le gouvernement d’Israël et sa politique. Or, les mouvements progressistes ne s’opposent pas par nature au fait qu’il y ait un État juif souverain, celui d’Israël, mais bien à celui existant et la politique d’extrême-droite et colonialiste qui y est menée depuis tant d’années. Par conséquent, défendre le peuple palestinien qui revendique le « droit exister » par le biais d’un État souverain, ne signifie pas nécessairement s’opposer au peuple juif d’Israël par antisémitisme. En revanche, la défense du principe des nationalités hérité de la révolution française institutionnalisé par l’ONU comme étant le « droit des peuples à disposer d’eux même »[1] est un combat progressiste ! Ce droit doit valoir évidemment autant pour les Palestiniens que pour les Juifs Israéliens.

Pour conclure sur cet aspect, l’antisionisme peut être un prétexte d’antisémitisme mais et c’est fort heureux que l’on puisse s’opposer à la politique menée par l’état d’Israël sans pour autant être antisémite.

Antisémitisme, de quel bord es-tu ?

Certains mélangent ce qu’ils appellent les « antisémites d’extrême gauche comme d’extrême droite ».  Or, cela voudrait dire d’une part qu’elle est le fait d’un camp politique et pas des autres et d’autre part qu’elle serait propres aux « extrêmes » « qui se rejoignent » évidemment. J’affirme ainsi que la question est très mauvaise puisque tout être humain peut être dominés par des pulsions de haines sans avoir de bord politique. Sans vouloir me répéter l’extrême-droite en a fait son fonds de commerce. Ensuite, les autres extrémismes et particulièrement ceux religieux sont souvent également exposés à des relents antisémites. En France, la droite chrétienne n’est pas sans responsabilités non plus.

La gauche est également accusée par son position politique en étant assimilée à l’antisémitisme par sa dénonciation des privilèges et de l’argent. Sauf que pardon mais c’est proprement antisémitique que de dire ça parce que cela atteste du cliché que les juifs seraient des riches et exclusivement des riches propriétaires, tout au moins plus que la moyenne des autres êtres humains parce qu’ils sont juifs ! C’est par ailleurs ignorer que la droite chrétienne, autrefois très puissante en France, colportait ce genre de propos racistes mensongers.

Instrumentalisations politiques

Une véritable campagne de dénigrement internationale s’abat contre les progressistes de gauche : le premier des aspects de cette article tente de l’expliquer et de le démonter. Qu’ils soient en France, aux États-Unis et au Royaume-Unis par exemple pour les trois exemples que j’ai pu prendre.

1/ Jeremy Corbyn

Jeremy Corbyn fait partie de l’aile gauche du parti travailliste britannique. Il a été le 29 octobre 2020 suspendu du Parti travailliste après la publication d’un rapport interne pointant son inaction face à l'antisémitisme présent au sein de la gauche britannique. Une enquête est menée. 19 jours plus tard, il a été réintégré faute de preuves suffisantes. Il est cependant sali à jamais ne pouvant pas siéger avec ses camarades travaillistes.

Cette accusation relève-t-elle de la lutte vigoureusement nécessaire contre l’antisémitisme ou bien d’une accusation politique visant à le renverser de la tête du parti ? La question peut se poser de part la durée courte de sa suspension et du fait que depuis il ne soit plus à la tête du parti.

2/Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon est de manière récurrente visé par les mêmes accusations. Tant pour sa critique d’Israël que par son positionnement politique et économique. Sur le sujet, l’historien et politiste Nicolas Lebourg a fait une intervention intéressante sur le média Slate, le 30 juin 2016. Il estime alors que lorsque Jean-Luc Mélenchon critique « la transformation de la démocratie en oligarchie », cela ne doit rien aux agitateurs antisémites, mais à Nicolas Machiavel, ayant là rénové un thème du philosophe grec Polybe.

Il sera dénoncé pour le moindre mot jugé suspect. Il s’est toujours défendu du quelque antisémitisme que ce soit. Le 24 mars 2013, à 11H15, pendant un meeting pour le Parti de Gauche, en direct sur LCP-Public-Sénat, Jean-Luc Mélenchon lance dans une envolée qui lui est propre : « Si un juif, un jour, un seul dans sa vie, quelqu’un viendrait ou bien l’insulter ou bien l’offenser ou bien le frapper ou bien le menacer parce qu’il est juif, alors il nous trouverait comme un seul corps, un seul bloc à ses côtés ». La salle applaudie vivement. Nombre de fois, il répètera : « la lutte contre l’antisémitisme et contre toutes les formes de racisme est la lutte fondamentale de la lutte dans laquelle nous sommes engagés ».

3/ Bernie Sanders

En 2019, lors des primaires démocrates pour la présidentielle, il a déclaré : « nous devons percevoir qu’en Israël, nous avons maintenant un dirigeant qui a été mis en examen pour corruption, qui, d’après moi, est raciste ». Mais Bernie Sanders a surtout proclamé qu’« Israël a le droit d’exister, et pas seulement d’exister, d’ailleurs – mais d’exister dans la paix et la sécurité. Mais ce que doit être la politique américaine, ce n’est pas seulement être pro-Israël. Nous devons être également pro-palestiniens ». Ce qui lui a valu toutes les attaques possibles et inimaginables par les médias conservateurs. Tiana Lowe, journaliste du magazine Washington Examiner l’a même accusé de mener la campagne « la plus antisémite de la décennie » !

Bernie Sanders appartient également parti de l’aile gauche du parti démocrate des États-Unis. Ce qui permet de souligner à quel point ces attaques sont politiciennes d’autant plus qu’il est lui-même juif. Ces attaques desservent la cause.

Une personne de gauche ne peut pas être antisémite

Une personne qui s’engage à gauche, s’engage avant tout pour continuer à porter le flambeau de la Révolution française et de ses principes républicains. Parmi ceux-ci, l’égalité et la laïcité nous concernent ici. Toute personne de gauche défend donc l’égalité et la laïcité. Sinon, c’est trahir son histoire et son engagement. Toute personne de gauche défend l’universalisme et se réclame de l’humanisme. Sinon, c’est trahir son histoire et son engagement. Sinon, ce n’est plus être de gauche. Or, l’antisémitisme repose sur une rupture d’égalité, une fracture dans la laïcité et une déchirure contre l’universalisme et l’humanisme. Ainsi, une personne qui se prétend de gauche et qui par ses actes ou ses propos manifesterait une forme d’antisémitisme ne peut plus être considérée selon moi comme étant de gauche.

 

L’antisémitisme doit être combattu. Tout le temps. Partout. Cependant, et ce n’est pas nuancer ce qui est dit précédemment que de préciser ces éléments bien au contraire : Gare à ceux qui assimilent l’antisionisme à l’antisémitisme. Gare à ceux qui instrumentalisent la lutte à des fins politiques puisque, dans ce cas, ils ne font que lui nuire. Gare à ceux qui, en proie à un certain confusionnisme, mélangent ce qu’ils appellent les « antisémites d’extrême gauche comme d’extrême droite », favorisant de fait l’abstention des progressistes anti-antisémitisme. La haine n’est pas l’apanage d’un camps politique. Elle peut être de tous bords, pour toutes les raisons. Néanmoins, il est impossible de méconnaître la forte propension de l’extrême-droite à discriminer, à diviser pour mieux régner. Les rumeurs et les interprétations fallacieuses et politiciennes ont la vie dure. La grande Histoire saura reconnaitre et différencier les attaques ad hominem disqualificatrices d’opportunistes mal intentionnés des véritables coupables. Plus que tout elle récompensera ceux qui ont fait et feront de leurs vies le combat pour l’égalité réelle contres toutes discriminations.



[1] Charte des Nations unies de 1945, (article 1, alinéa 2), « les buts des Nations Unies » : « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes »

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