L’illusion capitaliste de l’abondance

 L’illusion capitaliste de l’abondance

Lors de l’ouverture du conseil des ministres du 24 août, Emmanuel Macron a déclaré : « nous vivons la fin de l’abondance ». Pourquoi a-t-il fait cela ? Parce qu’il a subitement été éclairé sur l’existence du dérèglement climatique ? Parce qu’il s’est soudainement rendu compte des inégalités abyssales qui existent en France bien qu’elles aient été amplifiées par sa politique ? Absolument pas de fait. Il est davantage vraisemblable qu’il s’agit de préparer les Français·es à ses dures réformes impopulaires et injustifiées : saccage de l’assurance chômage et dévastation du droit à une retraite digne. Or tel était la promesse du système capitaliste adoubé par les régimes politiques du monde entier. L’abondance et la prospérité devaient découler de la recherche permanente du profit sur tout, tout le temps, par ceux qui peuvent. Première injustice. De fait, cette recherche d’une plus-value toujours plus importante s’accompagne d’une accumulation de quelques-uns au détriment de tous les autres ! Accumulation injuste et permise par la totale et sacro-sainte propriété privée des moyens de production. Cet article nous donne ainsi l’occasion de revenir sur les conséquences écologiques et sociales d’un système capitalisme prédateur. Le même qui nous maintien dans une illusion de profusion anti-écologique.

Ce n’est qu’une illusion !

L’abondance matérielle promise par le capitalisme n’est qu’une illusion. Elle s’est faite au détriment des écosystèmes naturels. Croire en l’existence même d’une abondance, c’est-à-dire d’une possibilité de croissance éternelle nie ce qui est au fondement de la vie. La vie a besoin de temps. Le capitalisme se l’est accaparé pour le profit. Son développement nécessite du temps pour se régénérer. Soit pour pouvoir redevenir, après sa disparition, de nouveau vivant. Or le capitalisme a aliéné ce temps pour le corréler à celui de la recherche du profit. Profit se faisant sur le temps court. Alors que précisément le monde vivant a besoin du temps.

Cette recherche était donc irresponsable ! Puisqu’elle nous met en situation de crime vis-à-vis de la nature. Cette recherche ininterrompue du profit s’est faite sur le dos de ressources limitées – considérées comme illimitées pendant longtemps[1] – par le biais d’un extractivisme atroce et d’un productivisme sauvage. Ainsi on a pu croire au « développement durable » alors qu’il est saccageur de continuer sur cette voix. Non, nous avons assez de ressources pour tout le monde il faut les répartir. Et remettre en cause le système économique qui nous broie nous, les animaux non-humains et tout le reste du vivant. Par exemple, nous savons que nous avons assez de ressources pour nourrir 11 millions d’individus sur Terre. Répartissons, sortons les gens de la pauvreté pour qu’ils puissent s’acheter à manger.

Des institutions sont particulièrement coupables. Je vais en pointer deux : les centres commerciaux et les supermarchés. Ils sont toujours remplis et débordent de marchandises venant de toute la planète. Ils nous maintiennent dans l’illusion. Comme si les ressources ne manquaient pas. Difficile de le croire une fois sorti d’une entre garnie de toute sorte de choses, parfois inutile, souvent mauvaises pour la santé mais moins chers économiquement[2]. En définitive, le pillage organisé des écosystèmes doit cesser !

Illusion socialement située !

D’une manière générale, tout le monde[3] pensait qu’il y avait abondance. Ou tout au moins qu’il était possible d’accéder à une forme d’abondance par le travail et la chimère méritocratique. Mais d’autres confronté·es à la réalité n’étaient déjà plus concerné ·es. Les plus pauvres ne pouvaient pas l’atteindre mais restent bercer dans sa possibilité. C’est tout le côté vicieux du capitalisme : contenter la minorité toujours plus riche et endormir les autres. De fait, la « réussite » reste marginale : « selon l'OCDE, il faut six générations pour qu'une famille pauvre atteigne le revenu moyen. Il faudrait en France « 180 années » pour qu'un descendant de famille pauvre atteigne le revenu moyen, estime l'OCDE ce vendredi dans un rapport »[4].

En France en 2022, il y a encore 10 millions de pauvres, 8 millions de personnes à l’aide alimentaire et 12 millions de personnes en situation de « précarité énergétique », soit qui ont froid l’hiver et chaud l’été du fait de la faible isolation. Le travail ne permet plus de vivre décemment puisque plus de 2 millions de travailleurs sont pauvres ! Voilà pourquoi il est indécent si ce n’est obscène de parler fin de l’abondance quand tant de Français·es doivent déjà arbitrer entre manger, se chauffer ou remplacer un meuble casser ou des vêtements usés ! D’autant plus que tout le monde n’est pas concerné loin de là…

Ce qui est des plus grossiers est une coïncidence qui n’en est pas une. Le même jour sort une statistique révélatrice : la France est sacrée championne d’Europe des dividendes avec 44,3 milliards d’euros versés pour le deuxième trimestre. Des dividendes qui reviennent aux ultra-riches[5]. Ce n’est donc pas le rationnement pour tout le monde. Le gavage est connu : 5 extrêmes riches détiennent autant que 27 millions d’êtres humains ; 500 familles ont doublé leur fortune, passant de 570 milliards d’euros en 2017 à 1000 milliards d’euros en 2021, en 4 ans de Macron.

Plus on est riche, plus on pollue !

Les mêmes qui bénéficie le plus du capitalisme sont ceux qui nous mettent tous collectivement en danger. En effet : plus on est riche, plus on pollue ! Les 10% les plus riches sont responsables de 48% des émissions de CO2 au niveau mondial en 2022[6]. Et parmi ceux-ci : les 1% les plus riches émettent 17% des émissions de CO2 contre 12% de CO2 pour les 50% les plus pauvres. Des inégalités entre pays existent bien évidemment mais si on se concentre sur la France le constat reste celui d’une inégal répartition des émissions de CO2. Les inégalités à l’intérieur des pays sont même plus élevées[7]. Tonnes de CO2 par habitants en moyenne par an en 2019. En Asie de l’Est : 39t pour les 10% les plus riches contre 3t pour les 50% les plus pauvres. En Amérique Latine : 19t contre 2t. En Europe : 29t contre 5t. En Amérique du Nord : 73t contre 10t. Entre 2019 et 2030, il faudrait réduire de 45% les émissions de CO2 des Français·es en moyenne. Ainsi les 50% les plus pauvres ne doivent réduire leurs émissions de 3% contre 48% pour les 40% qui suivent et jusqu’à 81% pour les 10% les plus riches ! Ainsi, chaque Français·es auront des émissions de CO2 similaires. La première mesure écologique, c’est donc d’arrêter de produire des riches ! Pour cela : le partage de la valeur produite par les travailleur·euses. Un ISF climatique en est la première pierre.

APARTE ! Cette rubrique me donne l’occasion de revenir sur une polémique montée de toute pièce par la droite et l’extrême-droite et le système médiatique : les jets privés ! Alors oui il faut les interdire, sinon les réguler drastiquement[8] etc… Y inclure les yachts. Par ailleurs, les politiques favorables à de telles mesures se sont fait caricaturés puisqu’il s’agissait parait-t-il du symbole. Une telle affirmation revient à ignorer les recommandations scientifiques d’un budget carbone par habitant et par an de 2t pour rester sous les 2 degrés et de 1,1 tonne pour rester sous les 1,5 degrés – ce qui correspond aux objectifs de l’accord de Paris. Les jets représentent il est vrai 0,09% du total des rejets de CO2 de la France entière[9]. Mais il ne faut pas raisonner uniquement selon volume global mais aussi et surtout en termes de budget carbone. [10]« Selon une estimation réalisée par la fédération d’ONG Transport & Environnement, sur un trajet de 500 km, un vol en jet privé est de 4,5 fois à 14 fois plus émetteur de CO2 qu’un vol en avion de ligne, et 50 fois plus que le même trajet sur une ligne de train européenne ». Cela est dû à des avions moins remplis en jets qu’en avions de ligne.  En conclusion de cette affaire : un Européen moyen émet autant en un an que seulement « neuf trajets de 500 km en Cessna C56X ».  De plus : « T & E estime que sur un trajet de 500 km, un passager de jet émet entre 342 et 851 kg de CO2, respectivement à bord d’un Pilatus PC-12 et d’un Cessna C56X ». Il n’est donc pas difficile de comprendre que le budget carbone de 2t de CO2 par an est vite atteint et encore plus celui de 1,1t !

 

Pour conclure, l’illusion est brisée ! Il n’est plus possible d’émettre autant de CO2 de gaspiller autant. L’abondance promise par le capitalisme n’a jamais existé et ne pourra qu’exister à très court terme au détriment de notre vie à toustes terrien·nes. Et on a pu démontrer que la justice sociale était la première mesure écologique ! Juste. Et efficace. Y a qu’a faut qu’on…



[1] Ce fait était encore nié dans les années 70.

[2] Evidemment plus cher socialement et écologiquement de fait. Bien que souvent les consommateur·trices se font souvent avoir par des marques peu scrupuleuse (ex. : Apple dont l’emprunte carbone se situe dans ses bilans financiers et les investissements fossiles de ses banques et actionnaires !)

[3] Excepté les écologistes depuis au moins 50 ans !

[5] 62% des dividendes ont ainsi été reçus par les 0,1% des foyers les plus aisés (soit 39000 foyers), dont 31% par les 0,01% les plus riches (soit 3900 foyers).

[6] Tous les chiffres cités dans ce paragraphe sont issus du rapport sur les inégalités mondiales 2022, accessible ici : https://wid.world/fr/news-article/rapport-sur-les-inegalites-mondiales-2022-version-francaise/

[7] A titre de comparaison complémentaire : Chaque année, dans le monde, un être humain émet en moyenne 6,6 tonnes de CO2e (=équivalent dioxyde de carbone). Or pour limiter le réchauffement à +1,5° d’ici 2050 (=accord de Paris) on devrait émettre seulement 1,1 tonne de CO2e. Donc 6 fois moins. Comme ce n’est qu’une moyenne, il y a de fortes disparités entre pays riches et pauvres – sans parler d’émissions historiques – l’Amérique du Nord pollue pour 20,8 tonnes de CO2 en moyenne par habitant en 2019 contre 1,6t pour l’Afrique subsaharienne, 4,8t pour l’Amérique latine, 8,6t pour l’Asie de l’Est et 9,7t pour l’Europe. Voir infographie par datagora sur Instagram https://www.instagram.com/p/Ch2S53uIHjL/?utm_source=ig_web_copy_link

[8] Interdire tout ceux de moins de 6h en train par exemple et taxer leur production et la consommation de carburant.

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