Profil du gouvernement Borne et représentativité démocratique
A l’issue des élections législatives,
Emmanuel Macron a raté son pari. Il n’a pas de majorité législative à l’Assemblée
nationale pour faire appliquer son « programme ». Par conséquent, en
théorie, les lois risquent d’avoir du mal à passer ou tout au moins les oppositions
accepteront de jouer le jeu à sous certaines conditions. Pour l’instant, on
constate que les compromis se font avec les députés à droite et à l’extrême-droite
de l’hémicycle.
Second au premier tour avec 25,80%
derrière la NUPES qui recueille 26,16% des votants[1].
Sans proportionnelle, les résultats au Second Tour sont les suivants : « Ensemble »[2]
première avec 38,63% des voix, devant la NUPES avec 32,64% des voix et le RN
avec 17, 30% des voix. En sièges, cela donne 249 député·es « Ensemble »,
151 député·es de la NUPES et 89 député·es RN. Ce qui nous intéresse ici est le
fait que Macron n’est pas de majorité absolue, nécessitant 289 député·es.
Il doit ainsi composer avec les oppositions pour faire voter les textes.
Or nous sommes en France dans un régime
dit « semi-présidentiel », ce qui signifie que les pouvoirs législatifs
et exécutifs ont des interactions et un pouvoir de contrôle les uns vis-à-vis
des autres. Cela transparait particulièrement dans ces extraits de la Constitution
de 1958. Article 20, Titre III - le gouvernement. : « le Gouvernement
détermine et conduit la politique de la nation. (…) Il est responsable
devant le Parlement dans les conditions et suivant les procédures prévues
aux articles 49 et 50 ». D’après cet article, le gouvernement tire sa
légitimité du Parlement. Autrement dit, le gouvernement doit rendre des comptes
devant l’Assemblée nationale et le Sénat. Article 24, Titre IV - le
parlement : « Le Parlement vote la loi. Il contrôle l'action du
Gouvernement. (…) ». Celui-ci dispose même d’un pouvoir de contrôle le
concernant[3].
Article 49,
Titre V : des rapports entre le parlement et le gouvernement : « Le
Premier ministre, après délibération du conseil des ministres, engage devant
l'Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou
éventuellement sur une déclaration de politique générale ». Cet article évoque
ce que Mme Borne n’a pas daigné faire après sa déclaration de politique
générale, soit engager sa responsabilité via un vote de confiance, ce qui
engage directement sa démission d’après l’article qui suit. « Lorsque
l'Assemblée nationale (…) désapprouve (…) une déclaration de politique générale
du Gouvernement, le Premier ministre doit remettre au Président de la
République la démission du Gouvernement. » Article 50, Titre V : des
rapports entre le parlement et le gouvernement.
Ces mécanismes de contrôles ont été évincés
par la Première ministre, en ayant plus à perdre qu’à gagner. Cet article sert
donc à analyser la composition du gouvernement et surtout sa légitimité
démocratique[4].
Un nouveau gouvernement ?
On peut se demander si ce n’est pour les
gouvernants qu’un jeu de chaise musicale. On prend les mêmes et on recommence. Cela
a tellement bien fonctionné la première fois ! Nombreux sont les ministres
à revenir ou à rester. Bien que certains comme Montchalin ou encore Bourguignon
et Abad sont éliminés à contre-cœur ayant été battu·es au législatives.
Marlène Schiappa revient pour écrire des bouquins[5]
et sur son temps libre assurer son poste de secrétaire d’état chargée de l’économie
sociale et solidaire et de la vie associative. Afin de trouver un poste pour l’ancienne
ministre du logement[6]
battue aux législatives, Jean-François Carenco démissionne de la commission de
régulation de l’énergie pour devenir ministre délégué chargé des Outre-Mer.
D’autres restent et souvent changent de ministères
aux grées de leurs envies du moment. Olivier Véran s’installe au porte-parolat Poste
laissé vacant par Olivia Grégoire devenue ministre déléguée chargée des PME, du
Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, une passion acquise entre temps… Christophe
Béchu est promu ! Passant de ministre délégué chargé des collectivités territoriales
à ministre de la transition écologique. Clément Beaune aussi délaisse sa chaise
de ministre délégué chargé des Affaires européennes pour celle de ministre
délégué chargé des transports. Franck Riester remplace Olivier Véran en tant
que ministre délégué chargé des relations avec le Parlement. Chrysoula
Zacharopoulou reste secrétaire d’état chargée du développement et de la Francophonie
malgré les accusations de viols, d’agressions sexuelles et les soupçons de
violences gynécologiques à son encontre.
De l’interchangeabilité des ministres ne
faudrait-il pas retenir au mieux une forme de mépris pour les Français·es au pire
un signal révélateur de la caste d’état avec des ministres choisis pour leurs « noms »
et non leurs compétences. Bien que cet aspect de chaises musicales puisse
laisser dubitatif, le gouvernement n’est pas non plus sans intérêt. Certains
aspects restent significatifs ou bien s’agit-il de simple hasard ?
Un gouvernement vraiment
paritaire ?
21 femmes sur 42 ministres, c’est une
parité numériquement parfaite pour la nouvelle équipe d’Elisabeth Borne. Une « parité de façade » dénonce le
quotidien de centre-gauche Libération[7].
Situation parfaitement illustrée et résumé par cette infographie signée du même
quotidien[8].
Des homophobes au gouvernement !
Trois membres du gouvernement se sont ouvertement
joints à la droite réactionnaire et à l’extrême-droite en 2012 pour condamner
le mariage et l’adoption des personnes de mêmes sexes.
Gérald Darmanin est ministre de l’Intérieur
depuis le 6 juillet 2020. Il a un parcours d’homme de droite au RPR, puis à l’UMP
et à LR avant de se reconvertir au macronisme par carriérisme (?) en 2017. Or
en 2012 il s’est clairement opposé au contenu de la loi dites « Taubira »
dans le tweet ci-dessous.
Christophe Béchu est devenu ministre de la
transition écologique et de la cohésion des territoires en 2022 et s’est fait
remarquer par son refus de marier des couples gays ou de voir afficher une
campagne contre le SIDA avec ouhhh… 2 hommes !
Caroline Cayeux, désormais ministre déléguée
chargée des collectivités territoriales est opposée au mariage pour tous, a
soutenu le très réactionnaire François Fillon à la présidentielle de 2017. Par
ailleurs, elle maintient ses propos sur le mariage pour tous qu’elle aurait
qualifié de « caprice »[9]
ou encore de projet « contre-nature »[10].
Elle dit « maintenir ses propos » lors d'une interview sur Public Sénat le 12
juillet 2022, précisant : « J'ai beaucoup d'amis parmi tous ces gens-là et
franchement, c'est un mauvais procès qu'on me fait et ça m'a beaucoup
contrariée ». Le terme « ces gens-là » est évidement révélateur de la
grossièreté homophobe crasse dont elle est remplie.
Et certains peuvent encore se complaire à
qualifier ce gouvernement progressiste. Déjà conservateurs assumés en économie
avec comme recette le marché néolibéral, désormais il assume une forme de
conservatisme social. Dont l’illustration principale sous le dernier mandat
était les attaques à l’« islamo-gauchisme par Blanquer, rhétorique venant
de l’extrême-droite comme les condamnations face au « wokisme » !
A priori, Clément Beaune, Franck Riester et Gabriel Attal eux-mêmes ouvertement
homosexuel ne sont pas gênés de leurs participations au Gouvernement. Homophobes
et homosexuels. Sûrement, une nouvelle illustration du « en même temps »
macronien.
La République « exemplaire »
voulue par Emmanuel Macron en 2017 ?
« Le principal danger pour la démocratie
est la persistance de manquements à la probité parmi des responsables
politiques », expliquait le président en avril 2017. Il ventait une République « exemplaire »
s’il était élu et affirmait catégoriquement que des ministres mis en examen ne
pourrait continuer à occuper leurs fonctions.
La liste est longue. Certains accusés de
viols comme Abad sont partis mais d’autres sont bien accrochés et protégés. Gérald
Darmanin à Beauvau[11]
est accusé de « viol » et de « harcèlement » ainsi que d’« abus de confiance ».
« Surprenant » comme choix pour un ministre en charge de ses
questions. Olivier Dussopt, promu au ministère du Travail, du Plein emploi et
de l'Insertion est visé par une enquête pour « corruption ». Dupont-Moretti
est mis en examen pour « prise illégale d’intérêts ». Patricia
Mirallès est mise en cause pour avoir détourner son enveloppe de frais de
mandat au profit de sa famille. Thierry Solère, conseiller politique du chef de
l’Etat, mis en examen pour « fraude fiscale », « corruption »
et « abus de bien sociaux ». Edifiant.
Un gouvernement politiquement
représentatif ?
D’après ce graphique très clair, nous avons
le gouvernement le moins représentatif d’Europe. En effet, il pèse 26% des
votants et 12% des inscrits[12].
Soit un·e Français·e adulte sur 8.
Cela doit nous alerter sur la démocratie
française. La souveraineté nationale que laquelle repose notre démocratie ne
relève plus que quasi exclusivement d’élections représentatives. Or au cours de
ces élections, les électeurs ne répondent plus présent avec un taux d’abstention
de plus de 50% pour élire ceux qui votent les lois !!! Peut-on encore
considérer des élections boycottées par les électeurs ? Celles-ci ne semblent
relever plus que d’une formalité administrative plus ou moins agréable pour le
pouvoir en place sous l’indifférence populaire. Et ce pour être gouverner par
un des gouvernements les moins représentatifs d’Europe ! A l’Assemblée,
les femmes, les racisé·es, les ouvrier·ères, les employé·es et les membres des quartiers
populaires sont marginalisé·es, les cadres hommes blancs hétéros surreprésentés.
Quels sont les démocrates qui peuvent se satisfaire d’une telle situation ?
En dehors des jérémiades post-électorales, aucunes refontes radicales de notre
système démocratique ne sont mises sur la table ! En voici quelques traits
et pistes de réflexions…
Refonte démocratique
Il faut repenser totalement nos
institutions. La 5ème République a été dévoyée par des pratiques de
plus en plus présidentielles. Voilà pourquoi il faut passer à une nouvelle
République, de fait la 6ème. A partir de quelle méthode et pour quel
contenu ? La méthode d’abord : la plus démocratique reste celle d’une
assemblée constituante et citoyenne élue par le peuple. Travaillant pendant environ
2 ans, ses conclusions seraient soumises à un référendum avant application. Si
elle est victorieuse, alors la nouvelle constitution s’applique. Sinon les
délibérations reprennent. L’inéligibilité aux nouvelles institutions est également
indispensable. Le contenu maintenant[13].
Il s’agirait d’y inscrire des droits nouveaux et d’y garantir la séparation des
pouvoirs politiques. Séparer enfin le parquait de l’exécutif, supprimer le
49-3, les procédures de votes bloqués, de secondes délibérations après diverses
magouilles etc… tout cela est dépassé et anti-démocratique.
Le parlement plus représentatif
deviendrait central. Le Sénat technocratique et conservateur supprimé pour
redonner sa vigueur à l’Assemblée nationale davantage populaire. Plus
représentatif et démocratique disais-je… Une assemblée élue à la proportionnelle
intégrale départementale[14]
basée sur des listes. A partir de quotas pour garantir une parité complète avec
une alternance femme-homme sur les listes ce qui génèreraient de fait une « parité
de sortie ». Des quotas ou tout au moins des obligations de représentativité
socio-professionnelle, autant d’ouvrier·ères que d’employé·es et de cadres, sur
les listes comme sur les bancs de l’Assemblée et ce par groupe politique. Il
faut instaurer le Référendum d’initiative citoyenne (RIC), par lequel les
citoyens qui réunissent suffisamment de signatures peuvent révoquer des élus, proposer
ou abroger une loi et modifier la Constitution. Il faut rendre obligatoire le
recours au référendum en cas de modification de la Constitution ou d’adoption
d’un nouveau traité européen.
Il faut mettre davantage d’éthique en politique.
En combattant les lobbys, en rendant inéligibles les corrompu·es[15],
en durcissant les règles vis-à-vis du pantouflage et des conflits d’intérêt, en
interdisant la sous-traitance aux cabinets privé. Il faut rendre possible
une procédure de parrainages citoyens pour l’élection présidentielle en
alternative aux 500 parrainages d’élus. Il faut limiter les mandats dans le temps,
un ou deux maximums pour le même poste. Une révocation étant définitive. Il
faut interdire tout cumul de deux mandats différents (conseiller·ères régionales
et député·es par exemple, pratique encore autorisée aujourd’hui).
Concernant le vote, il faut l’élargir et
le « démocratiser ». D’abord aux moins de 16 ans, aux étranger·ères à
toutes les élections. Il faut le rendre obligatoire sous peine de travaux d’intérêt
général si ce n’est pas respecté et instaurer un seuil de votes exprimés pour
valider une élection. Il faut créer une organisation indépendante chargée de l’organisation
des campagnes électorales : distribution des professions de foi, inscription
sur les listes électorales etc…
Il faut élargir notre réflexion sur la séparation
des pouvoirs aux pouvoirs médiatiques, financiers, citoyens, militaire,
spirituels, la relation au privé etc… Je ne m’étends pas plus puisque j’y prévois
un article dédié. Il faut revoir les règles de financement des médias et des
partis politiques en s’inspirant des riches travaux de chercheures comme Julia
Cagé. Il faut renforcer les corps intermédiaires : syndicats, associations
et partis politiques par des campagnes massives d’engagement. Il faut évidemment
faire entrer la démocratie en entreprise en portant immédiatement les salariés à
50% dans les conseils d’administration et en leur donnant un droit de regards suspensif
sur les licenciements.
Ces ambitions ne sont pas exhaustives…
Mais j’en conclus qu’il y a du boulot !
[1] https://www.lemonde.fr/resultats-elections/
Résultats à diviser par 2 en prenant en compte l’abstention massive. Il ne s’agit
pas ici de commenter ces résultats, cela a déjà été fait des dizaines de fois
mais bien d’en déduire ce que cela implique pour la politique gouvernementale.
[3] A travers les questions au gouvernement hebdomadaire,
les commissions d’enquêtes parlementaire, les motions de censure etc…
[4] Bien que cet élément soit à la fin de l’article et
qu’il reste plutôt bref, il n’en reste pas moins le plus important.
[5] Moquerie désormais récurrente due au fait qu’elle
ait écrit près de 10 ouvrages pendant ses fonctions de ministre les cinq années
passées.
[6] En effet, Mme Emmanuel Wargon éliminée dès le
premier tour des élections législatives dans la 8ème circonscription
du Val-de-Marne est recasée à la tête de cette commission, poste vide par l’entrée
au gouvernement de monsieur Carenco.
[7] https://www.liberation.fr/politique/la-parite-de-facade-du-nouveau-gouvernement-borne-20220704_VWOP4XB3FFBTLORB437UBA5AXU/
[8] https://www.liberation.fr/politique/une-parite-en-trompe-loeil-dans-le-gouvernement-borne-2-20220704_JURNXGHZEZDXJPD4B7A5ZN6CZM/
par Alice Clair et Savinien de Rivet.
[13] Bien que celui-ci résultera de la constituante,
cela ne nous empêche pas de dresser des perspectives, reprises ou non.
[14] Afin de garder un ancrage territorial pour les
député·es.
[15] Condamné·es par la justice évidemment !
[1] https://www.lemonde.fr/resultats-elections/ Résultats à diviser par 2 en prenant en compte l’abstention massive. Il ne s’agit pas ici de commenter ces résultats, cela a déjà été fait des dizaines de fois mais bien d’en déduire ce que cela implique pour la politique gouvernementale.
[3] A travers les questions au gouvernement hebdomadaire, les commissions d’enquêtes parlementaire, les motions de censure etc…
[4] Bien que cet élément soit à la fin de l’article et qu’il reste plutôt bref, il n’en reste pas moins le plus important.
[5] Moquerie désormais récurrente due au fait qu’elle ait écrit près de 10 ouvrages pendant ses fonctions de ministre les cinq années passées.
[6] En effet, Mme Emmanuel Wargon éliminée dès le premier tour des élections législatives dans la 8ème circonscription du Val-de-Marne est recasée à la tête de cette commission, poste vide par l’entrée au gouvernement de monsieur Carenco.
[7] https://www.liberation.fr/politique/la-parite-de-facade-du-nouveau-gouvernement-borne-20220704_VWOP4XB3FFBTLORB437UBA5AXU/
[8] https://www.liberation.fr/politique/une-parite-en-trompe-loeil-dans-le-gouvernement-borne-2-20220704_JURNXGHZEZDXJPD4B7A5ZN6CZM/ par Alice Clair et Savinien de Rivet.
[13] Bien que celui-ci résultera de la constituante, cela ne nous empêche pas de dresser des perspectives, reprises ou non.
[14] Afin de garder un ancrage territorial pour les député·es.
[15] Condamné·es par la justice évidemment !




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