Urgence écologique : quand la radicalité devient nécessaire et pragmatique
« On devrait tous crier comme les scientifiques dans "Don’t look up" On devrait tous avoir le même registre de parole et d'émotion que Greta Thunberg parce que ça c'est le niveau juste par rapport au contenu de la destruction de l'Humanité décrits par les scientifiques. On ne peut pas ne pas être fortement impliqué émotionnellement sinon, on est des brutes ! »[1] Quoi de mieux que cette citation pour commencer un article sur l’urgence écologique ? Urgence qui devient de plus en plus perceptible pour de plus en plus de citoyen·nes avec un été aussi chaud et aussi sec que celui-ci. La conscience populaire et les angoisses se multiplient. Macron fait du jet-ski. Les bélugas et autres cétacés se meurent, Darmanin et Dupont-Moretti courent après l’extrême-droite[2]. A l’inverse, Christophe Béchu[3] semble perdu. Alors que les incendies se multiplient, sa voix et ses propositions ne semblent pas percer le mur du son.
Cet article ne peut être une synthèse des différents fait scientifiques qui dénotent cette urgence, il serait trop long. Mais il peut être l’occasion – en plus de rappeler que l’urgence écologique est bien là et qu’il s’agit d’une urgence à traiter avec imminence – de mettre en perspective les différents adjectifs qui lui sont associés. Ces faux clivages qui retardent l’application d’une réelle politique ambitieuse à la hauteur des enjeux. Le « diviser pour mieux régner a la vie dure ». « Punitive » vs. « Des solutions » ou autres gadgets linguistique qui en réalité est synonyme d’inaction. « Radicale » vs. « Pragmatique », la première étant vue comme « négative », la seconde adaptée, juste et proportionnée. Ce n’est pas le cas. Nous allons déconstruire ces injonctions à l’aune de la gravité de la situation. C’est une nécessité !
Nécessaire ! Il y a U-R-G-E-N-C-E !
Plus personne ne semble le nier publiquement. Pourtant les politiques ambitieuses attendent toujours. La mesure de l’urgence ne semble pas digérer de la même façon pour tout le monde. Ou tout au moins au même degré. Sous la même envergure. Les gouvernants parlent, le monde vivant meure. Alors, oui la priorité des priorités, c’est le climat. Toutes les politiques publiques doivent être appréciées à partir de la question écologique, climatique et de biodiversité. Le suicide collectif n’a que trop durer ! Il est temps de dire STOP.
On arrive à un point où les conséquences du dérèglement climatique vont faire prendre conscience à l’humanité qu’il faut agir et agir vite de manière holistique. Les évènements extrêmes se multiplient tant par leur occurrence que par leur sévérité. On l’a vu tout l’été. On ne compte plus les épisodes caniculaires comme on ne compte plus les confinements ou les morts du Covid-19, on s’habitue. On s’habitue au pire. Les vagues caniculaires assèche les fleuves, les terres et les corps. La sécheresse facilite les incendies records de cet été. Cette fois c’est nous. Après l’Australie en 2019-2020 et la Californie en… 20… tous les étés désormais, c’est NOUS. Nous sommes touchés. Eh oui. Nous ne pourrions pas dire que nous ne savions pas. Nous – vous[4] ne vouliez pas voir. Et maintenant vous ne voulez pas agir !
Tout ce que les scientifiques prêchaient dans le désert depuis 50 ans, avec la sortie du rapport Meadows, se sont avérés soit juste, soit juste mais en pire. La trajectoire actuelle n’est ni tenable ou soutenable ni souhaitable. L’heure n’est plus à la transition douce… ça c’était il y a 50 ans ! Maintenant il faut bifurquer radicalement. Tout changer, nos modes de production, de consommation, de vie, nos rapports aux vivants. Continuer est criminel. Coupables vous serez jugés. L’histoire vous jugera. Nous vous jugerons.
« Punitive » vs. « Des solutions »
Ces adjectifs, je l’ai dit, ont tendance à justifier l’inaction ou bien à minimiser l’action, ce qui demeure de l’inaction. Il nous faut le clamer bien fort, une action insuffisante reste et restera de l’inaction. L’effet est le même : mortifère et destructeur ! Il y aurait d’un côté les méchants « khmers verts » « ayatollah » « bouffeur de quinoa » « extrémistes » (etc…, etc…) et les gentils écologistes avec des solutions douces. Non.[5] En général, il suffit d’entendre cela pour savoir que la seconde catégorie s’accoutume bien des quelques phrases précédentes.
Ce qui est punitif, c’est l’inaction. Ce qui est punitif, c’est la pollution. Ce qui est punitif, ce sont les conséquences des évènements climatiques extrêmes qui se multiplient partout. Ce qui est punitif, ce sont les millions de déplacés climatiques en plus du fait des dérèglements climatique. Ce qui est punitif, ce sont les millions de morts à cause la qualité de l’air. Ce qui est punitif, ce sont les multiples disparitions d’espèces et d’écosystèmes. Ce qui est punitif, c’est la montée des eaux. Ce qui est punitif, c’est l’extractivisme colonial, le productivisme destructeur et le consumérisme qui nous endort. Ce qui est punitif, c’est le manque d’eau potable. Ce qui est punitif, c’est le manque des ressources halieutiques. Ce qui est punitif, ce sont les passoires thermiques. Ce qui est punitif, c’est la prédation. Ce qui est punitif, c’est l’usage subit de la voiture individuelle. Ce qui est punitif, c’est le plastique dans nos aliments. Ce qui est punitif, c’est le fameux « travailler plus ». Ce qui est punitif, ce sont les inégalités. Ce qui est punitif, c’est la casse des services publics. Ce qui est punitif, c’est de vivre à côté d’une centrale nucléaire et de devoir supporter de vivre à côté de ses déchets mortels. Ce qui est punitif, c’est de devoir faire des heures de routes dans les bouchons pour aller à son travail. Ce qui est punitif, c’est la technocratie, la haine et la corruption. Ce qui est punitif, c’est le tout béton et la chaleur qu’il conserve. Ce qui est punitif, ce sont les nuisances sonores et lumineuses. Ce qui est punitif, c’est le capitalisme. Ce qui est punitif, ce sont les exploitations et les dominations. Ce qui est punitif, c’est l’inhabitabilité de notre planète que nous construisons consciemment. Ce qui est punitif, c’est ce monde malade. Malade par notre faute.
A l’inverse. Ce qui serait juste, équitable et récompensant serait de faire de l’écologie. Parce que l’écologie résout tous ces problèmes. Et que la cause est de ceux-ci est le capitalisme. Or comme disait Albert Einstein : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré ». Le remède : Écologie. Réellement. Radicalement.
« Radicale » vs. « Pragmatique », « Modérée »
Les insoumis sont directement tous qualifiés de « radicaux » voire d’« extrémistes ». Lors de la primaire des écologistes, Jadot était le « pragmatique » « modéré » alors que Sandrine Rousseau était la « radicale ». Bien évidemment, le premier cherchait à se conférer une stature de présidentiable. La seconde se revendiquait comme telle. Cependant, les journalistes ne voyaient pas cela d’un bon œil : « radical » étant considéré comme péjoratif. S’opposant à la modération « consensuelle ». Bla Bla Bla Bla… Cette radicalité revendiquée par Madame Sandrine Rousseau et Monsieur Jean-Luc Mélenchon est nécessaire. Qu’ils l’aient proclamés haut et fort est salutaire. Indispensable. A la hauteur. Les autres ne l’étaient pas.
Le « pragmatisme » tel que le vois la majorité des éditocrates et éditorialistes de plateaux est déjà obsolète. Si insuffisant. Si nuisible. Qu’il ne peut apporter de solutions viables.
La radicalité n’est ni brutale ni dangereuse. Elle est pragmatique, rationnelle et pourvoyeuse d’espoirs. L’étymologie du mot « radicalité » est « racine ». Tant et si bien qu’être radical, en 2022 en matière de crises écologiques, sociales et démocratiques, c’est aller à la racine des problèmes. Quoi de mieux que cela pour les résoudre.
En définitive, l’emballement du phénomène et de sa perception, qui va se poursuivre au fil des ans[6], ne doit surtout pas nous désinciter à agir. Chaque action, chaque fraction de degrés compte pour limiter les effets de ces mutations. Agissons.
[1] Entendu et vu le 8 juillet 2022, de Jean-Michel Hupé, chercheur en écologie politique au CNRS, sur Mediapart.
[2] Respectivement, ministre de l’intérieur et ministre de la justice et garde des sceaux, sur l’expulsion des « étrangers » et les rodéos urbains notamment.
[3] Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires.
[4] Vous puissants, vous dirigeants politique, économiques financiers, vous riches pollueurs, vous journalistes, chroniqueurs éditorialistes, vous êtes responsables. [Liste non exhaustive, le « vous » ne désignant pas « tous » les journalistes par exemple, mais ceux qui, et ils se reconnaitront, n’ont pas fait ou pas assez !]
[5] La binarité est par essence réductrice mais le niveau du débat est si bas.
[6] En effet, les dérèglements vont quoi qu’il en soit forcément se poursuivre. Le CO2 et autres Gaz à Effet de Serre (GES) s’accumulent dans l’atmosphère comme de l’eau dans une baignoire. Tant et si bien que le stock actuel de GES dans l’atmosphère continuera à avoir des effets multiplicateurs pendant encore des années même si on arrêtait d’émettre le plus petit gramme de GES maintenant.

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