EDF détruit par les politiques néolibérales au détriment de ses usagers.
L’augmentation du prix de l’énergie devient insupportable tant pour les particuliers, que les entreprises et les hôpitaux, écoles, prisons etc… En parallèle, le Gouvernement a annoncé de monter à 100% du capital d’EDF pour un montant de 8 à 10 milliards d’euros : il parle de « renationalisation ». C’est un mensonge nous verrons pourquoi. Fin 2021, la dette d’EDF s’élève à 44 milliards d’euros, elle pourrait atteindre 65 milliards d’euros fin 2022[1]. Historiquement, elle est due à la mauvaise gestion d’achats à l’étrangers dans les années 1990 surpayés et inutiles, à l’entrée en bourse de l’entreprise dans les années 2000 avec le coût supplémentaire des actionnaires[2]. Depuis, s’y sont ajouté le coût de mécanisme de l’ARENH sur lequel on va se focaliser mais aussi au coût du bouclier tarifaire mis en place par le Gouvernement pour protéger les factures d’une augmentation trop importante ainsi que des variations du coût de l’électricité sur le marché européen de l’énergie. On verra au cours de cet article que le mécanisme de l’ARENH est un racket d’EDF au seul bénéfice des « fournisseurs alternatifs »[3] et qu’il résulte d’un processus de libéralisation de l’énergie en France tout comme le marché européen de l’énergie avant de montrer que ce qu’a fait le Gouvernement Borne sur EDF est une semi-arnaque pouvant caché de biens sombres projets.
L’histoire d’une libéralisation destructrice : du monopole public au projet Hercule.
Avant la libéralisation, il y avait EDF, Electricité de France. L’entreprise a été nationalisée au sortir de la guerre par le ministre communiste de la production industrielle, Marcel Paul. Le but étant de fournir l’électricité à tous les Français, sauf pour le gaz, puisque GDF, Gaz de France, s’en chargeait. Cela fonctionnait très bien puisque l’Etat investissait en fonction des besoins sans chercher la rentabilité à tout prix. Seul le monopole public permettait cela. La majorité de notre électricité est devenu nucléaire grâce à ces investissements conséquents. Ce qui est compliqué en matière d’énergie nucléaire, c’est qu’elle n’est pas stockable : il faut donc produire exactement ce que l’on consomme. Si l’on sous-produit ou si l’on surproduit, c’est le black-out.
En 2007, l’ouverture à la concurrence débute avec notamment une baisse de coup. Le secteur de l’énergie ne peut fonctionner dans le cadre du marché parce qu’il nécessite des infrastructures et des investissements très lourds. Pour que cela fonctionne, on a créé l’ARENH qui met à disposition son électricité aux fournisseurs alternatifs (voir partie dédiée). Un marché européen de l’énergie a été créé sauf qu’il ne peut fonctionner qu’à condition que soit séparer les activités de production, de transport et de commercialisation. Des entreprises sont cassées, ce fut également le cas pour la SNCF.
Ce qui a donné cela d’après l’excellent schéma d’intérêt général réalisé par ELUCID. On se rend davantage compte de l’absurdité d’une telle opération. Menée pour les profits du privé.
En effet et c’est tout l’intérêt du projet Hercule qui prévoit littéralement de finir le saccage EDF. Il s’agissait de privatiser ce qui est le plus rentable, soir ENEDIS chargé des renouvelables mais de garder dans le giron public ce qui l’est moins, le nucléaire. Il se n’agit ni plus ni moins de garantir les profits en les privatisant tout en sécurisant les pertes financières par le public qui va s’endette. Et ce contre un des fondements principaux du capitalisme : la prise de risque ! Ce qui est fait ici est donc du communisme pour ce qui n’est pas rentable et du capitalisme sur ce qui est rentable. Un véritable aveu d’échec : le capitalisme seul et dérégulé ne fonctionne pas.
Le marché européen de l’énergie est dangereux !
Le marché européen, créé il y a plus de 10 ans pour accompagner cette libéralisation, a permis de mettre en relation des différentes productions et consommations d’énergie. Cela a permis une solidarité européenne qui est positive.
Mais pleins d’autres raisons soulignent son mauvais fonctionnement. On a lié le prix du gaz à celui de l’électricité. Quand on a créé le marché européen de l’énergie, on a décidé que le prix sera fixé par la dernière unité appelée. Quand on appelle l’électricité, on appelle d’abord le moins cher puis le plus cher : donc l’éolien, puis les barrages hydroélectriques, puis le nucléaire, puis le charbon, puis les centrales à gaz. Les centrales à gaz ou le gaz importé étant le plus cher, le prix de l’électricité sur ce marché est indexé sur le prix du gaz quel que soit le mix électrique et énergétique du pays. Tout le monde paye le même prix. Il s’agit en outre d’une subvention aux énergies fossiles.
Avec la pénurie de gaz et la guerre en Ukraine, le prix du gaz et donc de l’électricité augmente. Et les traders spéculent sur cette augmentation, ce qui l’amplifie. Il existe même des fonds spéculatifs, qui ne produisent et ne vendent rien, mais achètent à prix bas et vendent plus cher sur le marché ce qui renforce cette amplification. Mais l’augmentation date de bien avant, avec la libéralisation. Il faut donc demander une dérogation de ce marché puis le réformer au niveau européen.
EDF ruiné par l’ARENH à cause de la spéculation
La Commission européenne a demandé à la France de sortir du monopole public sur la production l’énergie, étant opposé idéologiquement à l’existence d’un service public en dehors que quelques prérogatives dites « régaliennes » pour évacuer toutes les autres (aide social, investissements stratégiques etc…). La loi Nome promulguée en 2010 a ainsi pour objectif la réorganisation du marché de l’électricité en France avec un dispositif phare l’ARENH.
L’ARENH pour « accès régulé à l’énergie nucléaire historique » est ainsi créé en 2011 avec pour objectif d’encadrer le prix de revente de l’énergie produite par EDF à ses concurrents directs, les fameux fournisseurs alternatifs pour que la concurrence se mette en place progressivement. Cela représente environ 400 TW mis à disposition des futurs concurrents d’EDF par EDF. EDF contraint a dû en donner 25%, soit 100 TW à un prix fixe, sécurisant, incitant à investir dans le secteur. Sauf que ce montant s’élève à 42€ MW/H, inférieur au coût de production d’EDF. EDF a ainsi bradé son électricité, cause de son endettement massif. L’objectif était que ce tarif incite les fournisseurs alternatifs à s’insérer sur le marché et ainsi à développer leur autonomie dans leur production propre d’énergie. Cette initiative est censée prendre fin en 2025, date à laquelle les fournisseurs alternatifs ne doivent plus avoir besoin d’EDF pour avoir de l’énergie.
Plus aberrant encore, EDF a été obligée de favoriser les fournisseurs alternatifs dans leur entreprise pour gagner des parts de marché. Elle a dû et doit encore donner les coordonnées de ses clients aux nouveaux fournisseurs pour qu’ils soient recontactés et incités à changer de fournisseur, quitter EDF pour les fournisseurs alternatifs. Une véritable opération de grand banditisme organisé par un Etat soumis au marché par ses dirigeants fanatiques.
Un processus qui pose question d’autant plus que ces fournisseurs – sauf Total et Engie – n’ont pas ou peu investis pour avoir leur propre production comme prévu. Ils ont juste faits des profits monstrueux sur le dos d’EDF. Et ce sans que les prix baisse comme promis aux usagers. C’est même l’inverse qui s’est produit puisque 2010, les prix de l’électricité ne font qu’augmenter car pour concurrencer le tarif bleu d’EDF, réglementé, il faut augmenter les prix. Un échec total donc. Le Gouvernement va donc arrêter. Bien sûr que non : dogmatiques comme ils sont, ils continuent. Pire : ils ont décidé le 13 janvier 2022 d’augmenter le plafond ARENH en passant de 100 TWh d’électricité nucléaire réservés aux fournisseurs alternatifs à 120 TWh à compter du 1er avril et jusqu’à la fin de l’année 2022. Cela s’est accompagné d’une petite augmentation du coup.
Avec l’ouverture du secteur de l’énergie à la concurrence, la France a créé un marché de l’énergie avec la promesse aux particuliers d’une énergie peu chère. En 2022, 15 ans plus tard, c’est le contraire qui s’est produit. Les traders spéculent grâce à ce marché sans prendre en compte les réalités tant et si bien que le prix de marché est même monté à 1000 euros à un moment. Cela est d’autant plus visible en lien avec l’ARENH. En effet, les fournisseurs alternatifs achètent l’électricité sur l’ARENH à 46 euros puis la revende sur le marché libre à un prix beaucoup plus élevé à cause des traders, on l’a vu, puis à EDF, qui leur revend à 46 euros etc… Par cette opération, ces fournisseurs s’enrichissent et EDF s’endette encore davantage.
Une fausse nationalisation
Le fait de remonter à 100% du capital d’EDF en indemnisant les autres actionnaires (les 15% environ non étatique) n’est pas une renationalisation. Il s’agit d’une recapitalisation, au mieux d’une ré-étatisation.
Tout d’abord, il ne faudrait pas faire que cela. Il faut revenir à un monopole public. Cela peut passer par la création un EPIC, soit un organisme public de recherche à caractère scientifique, technique et industriel. Il faut également que l’Etat éponge la dette d’EDF qu’il a fabriqué à travers la libéralisation et la semi-privatisation. Pour cela, à l’Etat d’investir massivement pour être à la hauteur des enjeux de décarbonations notamment.
Ensuite, derrière, il faut avoir un projet industriel. Celui du gouvernement, déjà évoqué, bien qu’enterré officiellement pourrait revenir à la surface. Hercule est de retour ! A la suite de cette recapitalisation, le Gouvernement affirme ne pas vouloir le relancer. Mais désormais, il a totalement la main sur la réalisation de ce projet. Méfions-nous.
Le Gouvernement est-il remonté au capital d’EDF pour mieux la démanteler en reprenant le projet Hercule ? Seul l’avenir nous le dira, mais nous pouvons constater une chose : la libéralisation de l’énergie n’a pas marché et ne marchera pas. L’énergie doit être un bien commun, au service de tous et toutes, géré démocratiquement par les usagers et les travailleurs et ce sous l’égide de l’Etat.
[1] Alternatives économiques n°426, septembre 2022, dans l’article « les dessous de la renationalisation d’EDF », Antoine de Ravignan (consultable en ligne : https://www.alternatives-economiques.fr/dessous-de-renationalisation-dedf/00104023, consulté le 23/10/2022 à 12h16).
[2] « EDF, une faillite qui vient de loin », Blast – le souffle de l’info, par Thierri Gadault, publié le 18/01/2022, consulté le 1/11/2022 à 12h13 et consultable ici : https://www.blast-info.fr/articles/2022/edf-une-faillite-qui-vient-de-loin-2NZayDUaQvefqidLmG7I-A
[3] « Prix de l'électricité : un sénateur dénonce un racket généralisé », Interview de Fabien Gay, sénateur communiste, sur Le Média par Cémil, publié le 26/10/2022, consulté le 1/11/2022 à 9h50 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=N6PNMVOj2CE. Le contenu de cette interview a été utilisé pour construire l’article et les informations données ont été vérifiées.


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