Antifa le jeu et histoire de la FNAC, fondée par des trotskistes !

Dossier (1/3) : L’extrême droite en France : banalisation et progression électorale.

Antifa le jeu et histoire de la FNAC, fondée par des trotskistes !

« Propos racistes, manifs homophobes, violences fascistes, ça suffit : contre l’extrême droite, à vous de jouer ! », le 27 octobre 2022, un jeu antifasciste est édité aux éditions Libertalia par le collectif « La Horde ». Les faits suivants sont énoncés par ce dernier[1] : Le vendredi 25 novembre, le très conservateur Jérôme Rivière, ex-UMP qui a rejoint le FN en 2018 puis Zemmour en 2022, un temps vice-président de Reconquête, reprend un tweet d’un compte raciste et réac qui montrait une photo du jeu vendu à la Fnac, avec ce commentaire : « Ça ne va pas bien la Fnac ? », dans l’indifférence quasi générale. Le député FN Grégoire de Fournas, raciste notoire, publie lui aussi un tweet diffamatoire prétextant l’ultra-violence. Le SCPN, un syndicat de commissaires de police s’en mêle et lui aussi interpelle spécifiquement la Fnac : « Ce « jeu » est en vente à la Fnac. @Fnac un commentaire pour ainsi mettre en avant les antifas, qui cassent, incendient et agressent dans les manifestations ? ». Le dimanche à 18h, quelques heures seulement après le tweet du SCPN, la Fnac annonce qu’elle va retirer le jeu de la vente sur son site internet. Le jeu a finalement été réintégré.

Qui sont les « Antifas » ?

« Antifa » est une réduction du mot antifasciste et désigne les individus qui promeuvent l'antifascisme qui est l'opposition organisée au fascisme et, plus largement, à l'extrême droite. Les mouvements de gauche (socialisme) voir d’extrême gauche (communisme, anarchisme, trotskisme[2]) sont ceux qui se réclament d’un tel mouvement. La plupart de ces groupes sont reconnus comme anti-autoritaires voire anti-capitalistes. Il promeuvent la solidarité. De vrais républicains.

Max Théret & André Essel, fondateurs trotskistes de la FNAC !

Histoire militante

Max Théret (1913-2009) milite aux jeunes socialistes puis à la SFIO depuis 1931. Entre 1933 et 1935, il devient le secrétaire-garde du corps Trotski, fondateur du trotskisme. En 1936, il participe à la campagne victorieuse du Front populaire espagnol. Après le soulèvement franquiste, il s'engage dans un régiment républicain au sein duquel il combat jusqu'en 1938 lors de la guerre d’Espagne. Trop radical, il est exclu des JS et participe, à la création des jeunesses socialistes révolutionnaires, d'inspiration trotskiste avec André Essel. Dès le début de l'occupation allemande, il entre dans la résistance française, tout en restant proche des milieux trotskistes.

André Essel (1918-2005) a commencé par militer aux jeunesses socialistes (JS) mais il a été exclu, étant jugé trop proche du trotskisme. Il rejoint alors les jeunesses socialistes révolutionnaires. Sous l’occupation, il est résistant et membre du Parti communiste internationaliste (PCI, trotskyste). Après la libération, il adhère à l'Action socialiste et révolutionnaire (ASR) puis participe au Rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR).

Fondation de la FNAC, une coopérative

Max Théret et André Essel fondent la FNAC en 1954. Il s'agissait de mettre en pratique une nouvelle approche de l'amélioration du sort des travailleurs, fondée non sur l'augmentation des salaires, mais sur la baisse des prix. Ils proposaient en effet des prix 10 à 25% plus bas que la concurrence. Les deux hommes pensaient que l'« action pour le consommateur complète l'action politique »[3], via des produits moins chers.

Focus : Baisse des prix pour faire augmenter le pouvoir d’achat, l’erreur des « Trente Glorieuses ».

L’intention était louable. Mais on sait désormais que la baisse des prix plutôt que l’augmentation des salaires fut l’erreur des Trente Glorieuses et ce pour différentes raisons. D’un point de vue socio-économique, cette conception fait fi de la lutte des classes entre le capital et le travail. Elle préserve le capital en n’augmentant plus ou peu la part consacrée au travail – le salaire. De plus, pour faire baisser les prix, il peut s’agir également de rogner directement sur les salaires. D’un point de vue démocratique, puisque cela est fait par une entreprise cela n’a pas été choisi par les citoyens à la suite d’un débat éclairant. D’un point de vue écologique, cela favorise la destruction de l’environnement par une utilisation de procédés moins coûteux donc plus polluants. Par exemple, la multiplication des plastiques et des pesticides.

En résumé, dans le cadre du commerce internationale, cela favorise ce que l’on appelle le dumping, ou nivèlement, social, écologique et fiscal en plus du contournement démocratique avec l’absence de débat.

Jean-Luc Mélenchon, co-fondateur de La France Insoumise, en parle dans un meeting le 16 décembre 2021 lors d’un meeting en Guadeloupe. Il ironise pour démontrer l’absurdité de la question : « Si on se demande comment on va faire pour que ça coûte moins cher, on a qu’à tous se pendre comme ça, l’affaire est réglée. Il n’y a plus personne, comme ça il n’y a plus de problème ». Il brise le mythe : « Moins cher n’existe pas ! Moins cher veut dire les gens mal payés, donc ils souffrent plus, donc ils sont plus souvent malade. [Et cela coûte en soin de santé...] Moins cher n’existe pas ! Tout cela coûte de l’argent. Moins cher veut dire que la nature n’est pas respectée, qu’on saccage tout et qu’on va produire dans les endroits où on peut tout saccager et en plus maltraiter les gens. Moins cher n’existe pas ! Moins cher est du sang. Moins cher est des larmes. Moins cher est de la maladie. Moins cher est de l’usure. Voilà ce qu’est moins cher, c’est un démon ! ».

Il suffit d’augmenter les salaires et de mettre en place une péréquation pour que les petites entreprises soient aidées par les plus grosses.

Décadence de l’ambition originelle et critiques actuelles

Max Théret quitte la Fnac en 1977 et la revend aux Coopérateurs, étant le défenseur d'une économie non libérale. André Essel est président directeur général de l'entreprise jusqu’en 1983 et a organisé l’entrée en bourse de l’entreprise en 1980[4]. Il s’agissait d’une coopérative jusqu’en 1985 où le groupe est vendu à un assureur, puis à la Compagnie Générale des Eaux et à François Pinault en 1994.

Il faut rajouter qu’aujourd’hui la Fnac, même si elle a joué un rôle dans une forme de massification culturelle, contribue à uniformiser les pratiques culturelles en mettant en évidence les « meilleures ventes ». De plus, elle concurrence et défavorise les (petites) librairies indépendantes, moins industrielles, plus écologiques par leur proximité et plus riches avec des personnels davantage spécialisés.

Ce que cette affaire dit de la banalisation de l’extrême-droite en France.

A cause des médias et de certains politiques électoralistes, l’extrême-droite se banalise en France et cette affaire en est encore une illustration. En effet, une entreprise a préféré censurer immédiatement un jeu sous la pression de l’extrême-droite. Après avoir pris en compte des Tweet d’un syndicat policier et de députés RN avec de fausses informations, essayant d’imaginer ce que le jeu pouvait bien contenir. La censure immédiate, sans vérification a été opérée délibérément par un cadre de chez Fnac. Et ce alors que l’enseigne propose entre autres des livres d’extrême-droite, de (néo)nazis et d’antisémites.

Fusse-t-elle temporaire, cette censure montre bien qu’aujourd’hui les cercles politico-médiatiques accordent davantage de crédits à l’extrême-droite donc aux violents, aux haineux qui instrumentalisent les peurs et les ressentiments qu’à des personnes qui sacrifient (une partie de) leurs vies pour lutter contre ces individus et ce qu’ils propagent, pour promouvoir l’égalité et la non-discrimination. La banalisation est d’autant plus totale que la réaction fut rapide. Ah, et qu’en dirait nos deux trotskistes alors que le trotskisme est nécessairement antifasciste ?!

Face à la peste brune, toutes et tous antifasciste !

« Siamo tutti antifascisti !!! »[5].

 

Le prochain article sera sur le constat de la progression électorale (2/3) avant d’en retirer les principales causes explicatives (3/3) dans le troisième et dernière article de ce dossier consacré à l’extrême-droite en France.



[1] « Polémique – Flics, fafs, Fnac contre « Antifa, le jeu » », La Horde, publié le 1 décembre 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://lahorde.samizdat.net/Flics-fafs-Fnac-contre-Antifa-le-jeu.

[2] Pour faire simple, au prix d’inexactitudes...

[3] « Max Théret, le fondateur de la Fnac, est décédé », LSA, par Yves Puget, publié le 25 Février 2009, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.lsa-conso.fr/max-theret-le-fondateur-de-la-fnac-est-decede,103995.

[4] « Qui étaient les fondateurs de la FNAC ? », France Info, Chronique de Thomas Snégaroff « Histoire d’Info », publié le 30/09/2015, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/histoires-d-info/qui-etaient-les-fondateurs-de-la-fnac_1788449.html.

[5] Slogan antifasciste.

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