Qui est réellement Elon Musk : visionnaire ou techno-dictateur ?

 Qui est réellement Elon Musk : visionnaire ou techno-dictateur ?


« Faut-il avoir peu d’Elon Musk ? » Nombreux sont les médias Français qui titrent leurs articles et/ou vidéo ainsi : Le Temps[1], RTL[2], Tech&Co[3], BFMTV[4], LeMédia[5], etc. De fait, les sources d’inquiétudes sont multiples,  tant vis-à-vis de ses activités que de son identité. D’une part, son activité de multimilliardaire repose sur des ambitions technoscientistes toutes plus folles, coûteuses et carbonées les unes que les autres – colonisation de Mars, brancher des ordinateurs à nos cerveaux, intelligence artificielle, moyens de transport « révolutionnaires », etc. D’autre part, son identité est celle d’un idéologue : libertarien, anti-Etats, transhumaniste, proche de Donald Trump, sexiste, etc. Mais, en réalité, cette séparation que je viens de dresser en introduction entre « ses activités » et « son identité » est assez artificielle dans la mesure où ses activités résultent de ses idéologies. Autrement dit, ses activités sont des outils politiques dont il use pour arriver à ses fins. Nous verrons au fil de cet article ces outils. Le rachat de Twitter en est un exemple.

Rachat de Twitter : récit d’une aventure au nom du principe de liberté d’expression[6]

Après avoir acheté 9,2 % des parts de Twitter le 14 mars 2022, ce qui a fait de lui le premier actionnaire de l'entreprise, il propose de racheter l'entièreté de Twitter pour 44 milliards de dollars le 14 avril. Le 25 avril, le conseil d'administration de Twitter accepte l'offre de rachat d'Elon Musk. Mais tel un enfant gâté, il se rebiffe le 13 mai 2022 en suspendant l'opération jusqu'à ce qu'il reçoive la garantie « que les pourriels et les faux comptes représentent bien moins de 5% du nombre d’utilisateurs ». Le 8 juillet 2022, Elon Musk annonce renoncer définitivement au rachat de Twitter. Dès lors, les actions de l’entreprise chutent, en mai et en juillet. Ce fut très certainement ce qu’il recherchait pour pouvoir racheter l’entreprise à moindre coût.

Toutefois, le 19 juillet 2022, Twitter réplique en saisissant la justice pour forcer Elon Musk à respecter son engagement de rachat pour 44 milliards de dollars. Ayant signé un précontrat d’achat, le droit états-unien ne lui permettait pas de le résilier si facilement. De plus, il allait très probablement perdre son procès au cours duquel aurait circulé des documents, et notamment des SMS, embarrassants. Il s’agissait de communications personnelles avec d’autres entrepreneurs de la Silicon Valley qui prodiguaient des conseils ou exprimait des opinions. Et ce de manière émotionnelle plus que réfléchie, impulsive avec des projets vagues. Le 3 octobre 2022, Elon Musk annonce ainsi vouloir de nouveau acheter Twitter au prix précédemment convenu de 44 milliards de dollars, ce dernier annonçant son acceptation de l'offre le 4 octobre 2022.

Mais une fois cela fait, les techniques managériales et antisociales refont surface conformément à sa réputation de manager tyrannique. Les licenciements sont légion et ce d’une manière la plus inhumaine qui soit : par simple courriel ! Sans oublier de bloquer l’accès au siège de l’entreprise à l’ensemble de ses salariés dès le lendemain. Ce n’est pas tout : il somme via un ultimatum par mail aux salariés restants de choisir entre être licenciés ou se donner « à fond, inconditionnellement » et à « travailler de longues heures à haute intensité […]  ». Inhumain, disais-je... On peut y rajouter pervers.

Fidèle à ses convictions de « démocrate », comme il le prétend – avec une drôle de vision du concept on y reviendra –, il utilise son compte twitter comme institut de sondage. A la suite de l’un d’entre eux, il réintègre Donald Trump le 20 novembre. De la même façon, le 19 décembre 2022 à 12h20, il publie un nouveau sondage sur son compte twitter : « Dois-je quitter la tête de Twitter ? Je m'en tiendrai aux résultats de ce sondage. ». Le résultat est net : sur plus de 17 millions et demi de votes[7], 57,5% répondent « oui » – en un jour, comme tout sondage Twitter. 2 jours après, il déclare : « Je démissionnerai de mon poste de PDG dès que je trouverai quelqu'un d'assez stupide pour accepter le poste ! Après cela, je me contenterai de diriger les équipes logiciels et serveurs. » Lunaire. Tout puissant qu’il est (qu’il se croit), il joue avec le reste du monde comme dirait les économistes.

Il se sert enfin de Twitter comme d’un moyen d’appliquer son idéologie, le libertarianisme, voir plus loin. En effet, à partir du 23 novembre, il décide de ne plus appliquer au réseau son l’ancien règlement portant sur la lutte contre les informations trompeuses au sujet de la pandémie de Covid-19. Mais la liberté d’expression des libertariens est bornée, sélective : le 15 décembre, les médias américains CNN, le New York Times et le Washington Post ainsi que plusieurs journalistes indépendants qui couvraient Twitter voient leur compte suspendu.

Mais il est loin de se satisfaire du seul Twitter. Ainsi, il est le cofondateur de Paypal, le fondateur de Tesla et de Space X, de Starlink… Ces projets sont insensés et anti-écologiques. Tous, oui, même les voitures de tonnes même électrique. Sans parler des lance-flammes, de Starlink, véritable pollueur de l’espace, matériellement et visuellement, ultra-énergivore et j’en passe. Et il est sans limites. Bref, loin d’être le sauveur de l’humanité, il risque d’en être le fossoyeur.

Il dispose d’un pouvoir démesuré et en veut toujours plus.

Le deuxième[8] homme plus riche du monde est en train de dicter ses règles sur tous les territoires, dans l’espace, sur terre et dans le monde numérique. Usant des nouvelles techniques de communication avec stratégie, il a le pouvoir de faire fluctuer les actions d’une entreprise par un simple tweet dans un sens comme dans l’autre. Des algorithmes de trading automatique sont directement branchés sur son compte Twitter et réagissent instantanément à un tweet de Musk.

Comme ses semblables Bezos et compagnie, il cherche à contrôler l’espace par sa conquête et sa privatisation : il veut déployer 42 000 satellites supplémentaires dans l’espace, ce qui augmente considérablement le risque de collisions et de débris. Cette « constellation numérique » renforce la pollution visuelle et matérielle de l’espace. Ou comment sacrifier le beau par de l’artificiel.

Il exerce par ailleurs une influence politico-juridique. Il a soutenu le coup en Bolivie contre le Gouvernement socialiste en place par exemple. Cela peut s’expliquer par le fait que Tesla ait besoin de lithium en Bolivie. Il a même répondu à un internaute sur Twitter : « Nous renverserons qui nous voulons. Oublie ça ». Maniant des outils nouveaux qu’il invente même avec ses entreprises, cela pose la question du cadre juridique dans lequel il le fait. N’existant pas, il fait ses propres lois. Il fait même planer sa volonté de se présenter à la présidentielle des Etats-Unis voir même en Afrique du Sud.

Un idéologue libertarien d’extrême-droite ?

On le classe souvent parmi les libertariens. Il s’agit d’individus qui croient à un modèle de libertés individuelle et entrepreneuriale totales. Le libertarianisme est donc une vision extrême du libéralisme, sans lois, sans Etat, sans contraintes où tout serait privatisé même l’air. De manière générale, ils distinguent le social du sociétal pour détruire le premier au profit du second. Ils sont ainsi très hostile aux syndicats et au droit du travail et favorable à l’extension des droits des personnes LGBTQIA+ et la légalisation de toutes les drogues. Cette distinction libérale n’a aucun sens dans la mesure où le social et le « sociétal » se complètent.

Toutefois, Elon Musk même s’il se targue d’en être, il n’est pas dans les faits libertarien puisqu’il accepte les aides de l’Etat pour sens entreprises : Tesla et SpaceX étaient des appas à aides publiques, sans elles, elles n’existeraient pas. Une forme d’ingratitude quant aux milliards octroyés par l’Etat états-unien pour ses entreprises. De plus, l’Etat fédéral collabore avec les entrepreneurs de la Silicon Valley dont Musk pour imposer une surveillance électronique. Il est en outre proche des grands capitalistes états-uniens.

Il a critiqué ouvertement l’aile gauche du parti démocrate et Bernie Sanders sur leur volonté d’augmenter les impôts par exemple. Il a soutenu les candidats « Républicains » aux Midterms de 2022 au nom de la démocratie et du « partage du pouvoir ».

Une certaine vision de la liberté d’expression. Rappelons déjà que le « free speech » des Etats-Unis est très différents de la liberté l’expression à la Française par exemple. Le free speech états-unien est absolu alors qu’en France les propos haineux sont prohibés par exemple. Même s’il prône une liberté d’expression absolue, il pratique très souvent la censure sur des critiques qui lui sont faites. Par exemple, le fait que Tesla ne respecte pas la loi environnementale avec des trentaines de violation d’émission en Californie par exemple.

Elon Musk est un transhumaniste. Il s’agit d’augmenter les capacité humaine à l’aide de la technologie, y compris pour dépasser la mort. Il a pour projet de relier le cerveau à un ordinateur pour augmenter les capacités humaines face à la progression de l’intelligence artificielle est de moins en moins fictif. En effet, Neuralink est son entreprise pour le réaliser. Cela pose des questions éthiques. On ignore si elles sont prises en compte par l’entreprise. Mais cela questionne aussi sur l’inexistence de garde-fou et sur le devenir des cobayes.

Elon Musk appartient à un autre courant, le « longtermism », littéralement « long-terme ». Cette conception du monde se fonde sur l’idée que dans des centaines voire des milliers d’années tout ce dont il parle – l’existence de transhumains, la colonisation de l’univers – sera mis en œuvre et qu’aujourd’hui les décisions prises doivent aller dans le sens de ce projet. Cela rentre en conflit avec la lutte contre le réchauffement climatique qui leur parait subsidiaire. Cela passe aussi par la multiplication du nombre d’humains. C’est pourquoi il a actuellement 10 enfants.

Il est rempli de préjugés sexiste et raciste.

L’univers de la Silicon Valley et des nouvelles technologies est sexiste : il y a par exemple 21% plus d’hommes que de femmes dans la Silicon Valley. Elon Musk est imprégné de cette situation, pour laquelle il n’est pas innocent : il fait souvent des blagues salaces – il n’y a pas d’autre mot – et sexistes. Par exemple, il a créé un institut technologique de sciences au Texas, s’appelant Texas Institute Technology & Science (TITS), ce qui veut dire « sein », « nichon ». Les exemples sont multiples. De même, le racisme et le sexisme est très présent dans ses entreprises. Par exemple, en février 2022, une agence officielle de l’Etat californien a accusé l’entreprise d’Elon Musk, Tesla, de mener une politique de « ségrégation » raciale dans son usine de Fremont, dans la baie de San Francisco[9].

 

En définitive, ces différents aspects de sa personnalité ne sont pas dissociables et font partis d’une vision de société plus large, inhérente aux dérives d’un modèle capitaliste de plus en plus brutal dans toutes ces faces, qu’il est en train d’imposer au monde. Très souvent présenté comme un visionnaire, parfois admiré, on a montré qu’il devrait plutôt être craint et combattu.

 

Outre Elon Musk, caricature de ce monde parallèle, la question se pose même de manière plus large. Les millionnaires et encore plus les milliardaires sont néfastes pour la société. J’en veux pour preuve leur pratique de l’évasion fiscale au détriment des mécanismes de protection sociale des pays, de leurs investissements écologiques ou industriels plus que nécessaires et de leurs services publics. J’en veux pour preuve leurs traintrains ultra-carbonés à l’aune du péril écologique. J’en veux pour preuve l’origine de leurs fortunes : le vol de richesse, sur le dos des travailleurs, seuls producteurs, et ce depuis des siècle via l’héritage. La méritocratie a bon dos quand on sait que 80% de la fortune de ces séparatistes viens de leur héritage. Jusqu’où l’indécence ?!

Faiseurs de roi, plus puissants que les Etats, s’emparant de la démocratie par le règne de l’argent-roi : indirectement par des innovations dont personne n’a choisi le développement et la généralisation, voir directement par le financement des partis politiques et des médias entre autres. Ils sont le symboles d’un monde qui meurt, le capitalisme libéral patriarcal colonialiste raciste et écocidaire. Ces systèmes sont liés. Ils se sont développés ensemble. Ils doivent mourir ensemble. Il faut ainsi tout révolutionner. Et il y a urgence. L’horloge tourne.



[1] « Faut-il avoir peur d'Elon Musk ? », Le Temps, publié le 8 mai 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=DHOGVY1Gz5s&list=WL&index=9.

[2] « Twitter, espace, Tesla : faut-il avoir peur d'Elon Musk ? », RTL, publié le 15 avril 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=1-GBfRfzIEQ&list=WL&index=10.

[3] « Tech&Débat : faut-il avoir peur d'Elon Musk ? », Tech&Co, publié le 14 juin 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=S5B2HqdFiXg&list=WL&index=11.

[4] « Faut-il avoir peur d'Elon Musk ? », BFMTV, publié le 6 mai 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=QSMdrkEjyJI&list=WL&index=12.

[5] « Elon Musk, l'homme qui veut contrôler le monde (et twitter d'abord) », LeMédia, publié le 4 novembre 2022, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.youtube.com/watch?v=Ht6vKpYp-Xs&list=WL&index=13. Ces 5 vidéos ont été les sources principales – pas exclusives – de cet article.

[6] « Avec le rachat de Twitter, Elon Musk se pose en défenseur de la liberté d’expression », Le Monde,‎ Arnaud Leparmentier, publié le 26 avril 2022, consulté le 26 avril 2022 et consultable ici : https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/04/26/avec-le-rachat-de-twitter-elon-musk-se-pose-en-defenseur-de-la-liberte-d-expression_6123674_3234.html. Je précise que cette partie se borne au 23 décembre 2022, jour de l’écriture de cet article.

[7] 17 502 391 votes exactement.

[8] Actuellement derrière Bernard Arnaud (le 23/12/2022).

[9] « Tesla accusé de « ségrégation raciale » dans une usine californienne », Le Monde avec AFP, Publié le 10 février 2022 à 08h37, consulté le 23/12/2022 et consultable ici : https://www.lemonde.fr/international/article/2022/02/10/etats-unis-tesla-accuse-de-segregation-raciale-dans-une-usine-californienne_6113087_3210.html.

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