L’« école du futur » – novlangue macroniste et idéologie libérale
« L’école du futur », rien que
ça ! Tel est le nom d’une initiative macroniste, d’une « expérimentation »
faites dans quelques écoles de Marseille depuis septembre 2021. Le 2 juin 2022,
Macron choisi même Marseille pour son deuxième déplacement de son second quinquennat
afin d’aborder ce sujet. Il y a annonce – à côté d’un Pap Ndiaye qui déclare ne
pas pouvoir parler, c’est le coup de com’ du grand chef – vouloir généraliser l’expérience.
Ce projet est censé se coupler avec le nouveau bidule du Président de la
République – le Conseil National de la Refondation dont les acteurs doivent fait
remonter les projets du terrain. Mais si Emmanuel Macron se préoccupait des
écoles et des services publics après plus de 10 ans au pouvoir, cela se
saurait.
Pour cette expérimentation, l’Etat a
débloqué une enveloppe de 2,5 millions d’euros sans allouer précisément une
somme à chaque établissement. Au 6 décembre 2022, un million d’euros ont été
engagés[1].
Derrière une novlangue bien ficelée avec
des principes généraux assénés « plus de liberté », « plus de
reconnaissance pour les enseignants » se cache un sombre projet qui risque
de détruire, ce que les droites sarkoziste, hollandiste et macroniste ont bien
voulu laisser de l’école : une libéralisation à marche forcée des écoles,
collèges et lycées après les Universités. Et oui l’idéologie macroniste, c’est
bien cela : le néolibéralisme, partout. Nous allons donc dans cette
article aller au-delà des éléments de langage alléchant pour mettre en évidence
le réel projet de Macron : celui d’une école-entreprise.
Une novlangue bien ficelée
Le titre du projet attire et c’est le but !
Qui de « bon sens » pourraient bien refuser une « école DU FUTUR » ?!
Le futur donne envie, évoque le changement, le progrès. Pourtant, la réforme
macroniste est un recul immense pour l’« égalité des chances » – concept néolibéral pour contourner l’égalité –
et encore plus pour l’égalité réelle entre les élèves que prône les progressistes,
gauche et écologiste.
« Plus de liberté, aussi
pédagogique aux enseignants », a déclaré Emmanuel Macron, au côté
de Pap Ndiaye, à l’école Menpenti, située dans un quartier populaire[2],[3]. Macron fait de
même avec le concept de liberté qu’il détourne ici. Comme le fond en permanence
les néolibéraux.
« L’école de la République a le
droit d’inventer, d’avoir de la souplesse, d’être plus libre », a-t-il
insisté. Deux autres concepts sont agités ici : la souplesse, l’innovation
« ça ne peut être que bien », voilà ce qu’ils essaient de nous faire
croire. Il n’en est rien !
Ecole-entreprise : une néo-libéralisation de l’école
« Cette
expérimentation a été très mal reçue par les collègues pour trois raisons
principales. Un, elle sélectionne, deux, elle contractualise, trois, elle met
en concurrence », Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du
syndicat d’enseignement (SNUipp)[4].
Une contre-réforme qui sélectionne
Il poursuit : « l’extension du dispositif de l’expérimentation à Marseille ne
veut pas dire qu’« un jour toutes les écoles auront ces moyens-là ». « Il
dit bien il y aura un nombre limité parce qu’on ne peut pas dépenser
budgétairement plus que ce qui a été mis-là » ». Concrètement,
seuls 59 établissements Marseillais sont concernés sur 500 environ. « On acte que 60 écoles auront des
budgets pour financer des projets et que les 440 autres n’en auront pas »
dit-il.
Cela s’illustre aussi au niveau national :
près de 12.000 établissements scolaires sur 60.000 ont montré un intérêt
pour la démarche CNR, avec des projets plus ou moins aboutis. Il y a 500 millions d’euros à se partager,
les académies se chargeront de l’attribution au cours des prochains mois. Ils
actent ainsi que plus de 48 000 établissements n’auront rien.
Une contre-réforme qui contractualise
Cette réforme contractualise dans la
mesure où les nouveaux enseignants recrutés pour les « projets innovants » le seront temporairement en contrat
précaire, CDD. De plus, la progression salariale pour les enseignants sera conditionnée
à un investissement supplémentaire pour ces projets. Une vision des plus
méprisantes.
Une contre-réforme qui met en concurrence les établissements entre eux
Pour faire tout cela, il faut plus de « liberté »,
c’est-à-dire dans leur langage une flexibilisation. Cela s’accompagne de
budgets différenciés. En effet, puisque tous les établissements ne peuvent avoir
des financements, certains seront privilégié par rapport à d’autres. Il y a
donc une mise en concurrence pour décrocher les budgets.
Ensuite, la mise en concurrence s’opère
sur ce que les établissements réalisent et les résultats qu’ils doivent obtenir. Il y a également une quarantaine de
projets de « classes flexibles » pour aménager librement les salles
comme cette enseignante qui explique que ses élèves « travaillent
debout, couchés ou assis » et qu’ils « adorent » la
position debout.
La mise en concurrence se fait aussi sur
les matières auxquelles les élèves peuvent avoir accès. Cela a déjà été mis en
place par la réforme Blanquer du lycée avec les bacs « à la carte ».
Il existe en effet une douzaine de « spécialités » non optionnelles à
choisir au total et les « options » classiques. Sauf que celles-ci
varient d’un établissement à l’autre. Les élèves doivent donc choisir parmi celles
qui sont disponibles dans leur établissement. La concurrence se fait donc sur
les « spés » disponibles.
La mise en concurrence se fait enfin sur
les professeurs que les établissements vont vouloir s’arracher. Mais le
résultat, on le connait déjà, les « meilleurs » professeurs pour les « meilleurs »
établissements, les autres seront délaissés, comme toujours.
Parole aux experts, les syndicats !
Le Snuipp-FSU 13, premier syndicat
enseignant du primaire, qui demandait «
l’abandon de ce projet », inquiet de «
la philosophie de l’expérimentation » – néolibérale, on l’a démontré – et
du « risque d’avoir une école à deux
vitesses » a été ignoré. Comme toujours, les macronistes méprisent ce qu’ils
appellent le « dialogue social » et plus généralement les syndicats.
Un point commun qu’ils ont avec l’extrême-droite.
«
L’école mérite mieux que des effets de communication qui se succèdent. Elle
mérite plus de sérieux », s’agace sa secrétaire départementale, Virginie
Akliouat.
«
Que deviendront les gamins dans les écoles qui ne font pas de projets innovants
? »,
s’interroge pour sa part Isabelle Bonnet, professeur en lycée professionnel à
Marseille, venu manifester contre les projets du président. Cette intervention
souligne pour dessus toute l’école à deux vitesse, de la sélection et de la
mise en concurrence.
«
Nous nous interrogeons sur la pertinence de généraliser une expérimentation qui
n’a pas encore été mise en œuvre » et «
sous couvert de projets pédagogiques se cache une casse des statuts,
l’application d’un management d’entreprise », estime de son côté Cécile
Boulay du Snudi-FO 13.
Bref, il faut abandonner cette
contre-réforme. Elle est un fléau pour l’Education nationale qui n’aura de « nationale »
plus que le nom ! Il faut même faire tout l’inverse de ce que font et
refusent de faire les macronistes.
Il faut mettre en place la fameuse – réellement
cette fois – « pédagogie critique » sur les enjeux écologiques et
féministes sur quoi le ministère bloque depuis des années. Revaloriser
massivement tous les enseignants en dégelant le point d’indice par une
augmentation de 10% d’un coup. Recruter de nombreux enseignants pour réduire le
nombre d’élève par classe à 19. Garantir la gratuité réelle de l’école pour les
familles. Pour plus de détails : Reconstruire
une école globale pour l'égalité et l'émancipation (laec.fr).
[1] « DOCUMENT
RTL - Emmanuel Macron détaille sa vision de l'école du futur », RTL,
par Marie Guerrier - édité par Ryad Ouslimani, publié le 06/12/2022 à 20:01,
consulté le 24/12/2022 et consultable ici : https://www.rtl.fr/actu/politique/document-rtl-emmanuel-macron-detaille-sa-vision-de-l-ecole-du-futur-7900213285.
[2] « Qu’est-ce
que « l’école du futur » qu’Emmanuel Macron veut généraliser ? », Paris
Normandie, par AFP, publié le 2
Juin 2022 à 19h05, consulté le 24/12/2022 et consultable ici : https://www.paris-normandie.fr/id312355/article/2022-06-02/quest-ce-que-lecole-du-futur-quemmanuel-macron-veut-generaliser.
[3] Ce qui a été souligné est ce qui vient des
articles.
[4] « «
Innovation pédagogique » : les injonctions paradoxales d’Emmanuel Macron »,
Médiapart, Mathilde Goanec, publié le 23 septembre 2022 à 16h41, consulté
le 24/12/2022 et consultable ici : https://www.mediapart.fr/journal/france/230922/innovation-pedagogique-les-injonctions-paradoxales-d-emmanuel-macron.

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