Les discours néolibéraux : une forme d’économie antidémocratique
Le
néolibéralisme est antidémocratique pour plusieurs raisons et cela s’est
manifesté plusieurs fois, nous allons le démontrer dans cette article. Le
néolibéralisme désigne un dogme, une croyance, le fait que les marchés se réguleraient
mieux eux-mêmes par le jeu de la concurrence et des « lois du marché » que par
l'interventionnisme politique. Pour eux, il faut donc déréguler les marchés et faire
disparaitre progressivement le secteur public au profit du privé. Dès lors que
cela se fait de manière « intensive », on parle d’ultralibéralisme.
En Europe, ce qui a été appliqué est l’ordo-libéralisme qui place au sommet des
priorités le fait de créer les conditions de réalisation d’une « concurrence
libre et non faussée ». La différence entre le libéralisme « classique »
qui correspondait au « laisser faire », à la non intervention de l’Etat
dans l’économie, le néolibéralisme désigne la soumission de l’Etat au marché.
Autrement dit, l’Etat doit être au service des marchés et des profits privés en
favorisant la concurrence, en déréglementant et en détruisant ses propres
services publics. Ceux qui l’on fait progresser sont les Etats-Unis à travers
Reagan, le Royaume-Unis par Thatcher et Pinochet le dictateur chilien. Les traités
et organisations internationales tels que les accords du GATT, l’OMC, le FMI et
la banque mondiale ont favorisé parfois de force la progression du néolibéralisme.
Mais il ne s’agit
pas dans cet article de faire l’historique des néolibéraux au pouvoir mais bien
de démontrer que le néolibéralisme est antidémocratique. On le dénote tant dans
les discours que dans les actes des néolibéraux. Nous allons ici relater
certains de leurs propos marquants.
De la théorie…
Friedrich Hayek est un des théoriciens du
néolibéralisme les plus importants. A Londres, en septembre 1939, il déclare
entre autres : « L’un des
grands avantages de la fédération interétatique est de supprimer l’entrave à la
circulation des hommes, des biens et des capitaux entre les Etats et de
permettre un système monétaire uniforme » ; « l’absence de barrières
tarifaires et la libre circulation des hommes et des capitaux limiteront dans une
large mesure la portée de la politique économique des Etats » ;
« l’abrogation des souverainetés nationales et la création d’un ordre
juridique international constitue un complément nécessaire au programme
libéral » ; « Si le prix que nous devons payer pour obtenir un
gouvernement démocratique international est la restriction du pouvoir des
gouvernements, il n’est certainement pas trop élevé »[1].
Il y déclare la nouvelle action étatique au service des marchés, la suppression
de ce sur quoi repose la démocratie, la souveraineté nationale et la primauté d’une
globalisation néolibérale ce qu’il appelle un « gouvernement démocratique international » sur la
démocratie.
… à la pratique !
Pinochet et le Chili : la prise de pouvoir du néolibéralisme par un coup d’Etat ! Son développement sous la dictature.
Le 3 novembre 1970, Salvador Allende est
élu Président de la République du Chili. C’est le premier Président marxiste
élu démocratiquement. C’est ce qu’il a appelé la « voix chilienne vers le socialisme ». Pourtant, il fut
renversé le 11 septembre 1973 par un coup d’Etat militaire favorisé pendant 3 ans
par les Etats-Unis et mené à l’aide de la CIA. Le Général Pinochet prend le
pouvoir jusque dans les années 1990. Le néolibéralisme y a été appliqué de
manière dictatoriale.
Durant son mandat, les médias chiliens –
dont il laissa une totale liberté comme il l’avait promis – ne font qu’attiser
la révolte et la colère des populations. Les Etats-Unis font chuter leurs
échanges commerciaux et appauvrissent le pays. Le 12 avril 1981, dans le
quotidien chilien « El
Mercurio », Friedrich Hayek le dit très clairement : « personnellement, je préfère un
dictateur libéral plutôt qu’un gouvernement démocratique manquant de
libéralisme »1. Le
Chili sous Pinochet a été un véritable laboratoire de mise en œuvre des recettes
libérales. Tant et si bien qu’en « 2008,
par exemple, des millions de retraités percevaient l’équivalent de 8 à 16 euros
par mois [et] le salaire minimum était d’environ 150 euros »[2].
Cela fait envie.
« There is no alternative » !
Margaret
Thatcher est à l’origine de ce slogan péremptoire que
l’on résume sous la forme de l’acronyme TINA, there is no alternative, il n’y a pas d’autres choix possibles. Rappelons
déjà que le néolibéralisme est bien – comme dit dans le titre « UNE forme »
d’économie et que par conséquent, il existe des alternatives. Ce que les
néolibéraux réfutent. Or, s’il n’y a pas d’alternative, il n’y a pas d’opposition
possible donc pas d’alternance politique possible. Sans alternance politique,
pas de démocratie. Voilà ce que mettent en avant les néolibéraux.
L’Union Europe et le traité de Lisbonne
Sans parler du vote des Français de 2005
qui a été balayé par le traité de Lisbonne en 2008, l’Europe a aussi appliqué
les recettes néolibérales. Certains s’en réjouissent même. Ainsi, Nicolas
Sarkozy déclare le 5 décembre 2012 au conseil national de l’UMP « imaginons un peu ce qu’il serait
advenu de la France et de son débat politique, lorsque nous avions des
ministres communistes et des dirigeants socialistes au gouvernement de la
France. Heureusement qu’il y avait l’Europe pour empêcher ceux-ci d’aller
jusqu’au bout de leur logique. C’est aussi cela, l’Europe ».
De même, Jean-Claude Juncker, président de
la commission européenne de 2014 à 2019 déclare « il n’est pas question de supprimer la dette grecque. Les autres
pays européens ne l’accepteront pas. Dire que tout va changer parce qu’il y a
un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités. Il ne peut y avoir de choix démocratiques
contre les traités européens ».
L’Europe est une belle idée, dévoyée par
des idéologues néolibéraux. Les traités posent comme seule possibilité
économique l’ordo-libéralisme de telle sorte à ce qu’aucune autre sorte de
politique puisse être menée.
Le néolibéralisme se présente comme une science « dure », incontestable
« Le propre du système de croyance néolibéral, c'est
qu'il prétend s'adosser à la science et échapper par conséquent au contrôle démocratique » a déclaré Alain
Supoit, juriste et spécialiste du droit du travail à Nantes en janvier 2019[3].
Or, elle n’est qu’une idéologie, qu’une croyance parmi d’autres. Un exemple
frappant : le crédit est une notion clé de l'économie et son étymologie credere en latin signifie croire. Les
néolibéraux croient en la libre concurrence alors qu’en réalité, personne ne l’a
vu sous d’autre forme qu’une croyance tout comme la célèbre et quasi-mystique main
invisible.
Les néolibéraux se présentent comme les seuls détenteurs de la raison
Et par extension, tous les autres conduiraient des politiques
déraisonnables, notamment en matière de dépense publique. Or, comme la raison
est vue – à juste titre – comme une vertu nécessaire pour gouverner, seuls les
néolibéraux pourraient gouverner. Toujours la même logique d’exclusivité.
Emmanuel Macron s’est à plusieurs reprise déclaré comme détenteur de la raison.
En creux, il fallait comprendre que les autres non.
Le néolibéralisme est dépolitisant
Et cette dépolitisation des choses et notamment de l’économie révèle son essence anti-démocratique. En effet, puisque l’économie doit être privatisée le plus largement possible pour les néolibéraux, l’Etat perd ses moyens d’agir en matière économique. Par exemple, en Europe, la Banque Centrale Européenne (BCE) est indépendante. De fait, les Etats ne pouvant plus user de la politique monétaire, ils sont contraints à baisser ou augmenter la dépense publique via la politique budgétaire. Pire que cela, s’ils respectent les traités européens et les règles en matière de rigueur budgétaire, ce à quoi ils sont normalement contraints en Union Européenne, ils ne peuvent en réalité que baisser la dépense publique. Ce qui signifie fragiliser les services publics, circonscrire les dépenses sociales et d’investissements écologique et industriel à un minimum alors qu’elles sont gigantesques.
En définitive, le néolibéralisme est présenté comme unique possibilité
par ses défenseurs sans réelle alternance possible. Cela conduit
nouvelle forme de « démocratie » exclusive, ce qui matérialise entre
parenthèse l’accusation de « tous pareils » favorisant le vote pour l’extrême-droite
ou l’abstention. Or, cela est plutôt vrai. Depuis 1883, nombreux sont les
partis et têtes d’affiche à s’être succéder sans qu’il y eu de changement
majeur dans la vie des Françaises et Français. L’absence de réelle
alternance économique – voir pas d’alternance politique tout court puisque tout
dépend de l’économie – nourrit les désirs autoritaires. Le néolibéralisme en
plus d’être en soi autoritaire, rend la société encore plus encline à
rechercher un autoritarisme encore plus violent et nationaliste-raciste, celui
d’extrême-droite.
Voici une
vidéo pour approfondir la notion de néolibéralisme[4].
[1] Dans Le choix
du chômage par Benoît Collombat et Damien Cuvillier page 236.
[2] « La
bataille pour le CHILI, De Salvador Allende à Gabriel Boric », Le Monde
Diplomatique, Manière de Voir n° 185, octobre-novembre 2022, page 95.
[3] Dans Le choix
du chômage par Benoît Collombat et Damien Cuvillier p. 223.
[4] « Ce que
veut (vraiment) le néolibéralisme », Politikon, sur Youtube,
accessible ici :https://youtu.be/I-xBaZD8v74.

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