Immigration : sortir de la déraison !
« Vouloir inverser la courbe de l’immigration
mondiale est une folie. Aujourd’hui, l’immigration change d’échelle. Et un
débat « pour ou contre l’immigration » est aussi absurde que de dire « on
est pour le soleil et contre la pluie » », Benoît Hamon, directeur général de l’association Singa[1]. Alors
que les instrumentalisations des peurs se multiplient ; alors que l’extrême-droite
et ses discours de haine raciste se propagent dans la société ; alors que
le dérèglement climatique va multiplier le nombre de migrants et alors que la
déraison s’installe particulièrement fortement lors les débats sur l’immigration,
il faut prendre cette question au sérieux et revenir à la raison. Cet article souhaite
y contribuer en relevant quelques éléments factuels sur l’immigration. Avant
cela, il est nécessaire de rappeler que personne ne quitte son pays par plaisir
et que cela est toujours douloureux.
La France n’est plus un grand pays d’accueil et est encore moins submergé
« N’est
plus » en effet car dès le 19ème, la France a ouvert ses
frontières aux étrangers. Ceux qui veulent arrêter l’immigration – ce qui reste
une incantation – prétendent aussi défendre nos « traditions » bla bla bla… encore faudrait-il qu’ils
les connaissent. Et à l’inverse de la corrida, l’immigration est une tradition
Française.
Ce n’est plus le
cas aujourd’hui. Les immigrés arrivés en 2020 représentent 0,4% de la
population, deux fois moins qu’en Allemagne, deux fois moins que la moyenne de
l’OCDE, le club des pays riches. 11,7% de la population Française est immigrée d’après
l’OCDE, sachant que l’organisation considère comme immigré tous ceux qui sont
nés à l’Etranger, y compris les Français nés hors des frontières. Cette
proportion est comparable à celle de l’Espagne (14%), des Pays-Bas (11%) et
inférieure à la moyenne des pays membres de l’OCDE. Cette proportion est plus
forte en Allemagne (16%) ou en Suède (20%) par exemple.
Les Français surestiment l’immigration en France de 116%.
En effet, lors d’une enquête, les Français ont déclaré
en moyenne qu’il y avait 26% de migrants contre moins de 12% en réalité[2].
Il n’y pas du tout de submersion migratoire. La France « accueille » seulement 0,7% des réfugiés
mondiaux. Parmi les 11,7% d’immigrés en France, 11% sont arrivés au cours des
cinq dernières années contre 22% en moyenne dans les pays de l'OCDE. D’après
Eurostat, en 2018, pour 1 000 Français, 4,0 nouveaux permis de séjour
étaient délivrés. Cela est infime puisque cela correspond en valeur absolue à
0,33% du pays
La réalité des migrations au niveau mondial
A l’échelle de
la planète, selon un rapport du Haut comité aux Réfugiés des Nations unies paru
en 2021 et concernant l’année 2021, dix pays accueillent sur leur territoire un
sixième des réfugiés du monde ; il s’agit dans l’ordre de la Turquie, de
la Colombie, du Pakistan, de l’Ouganda, de l’Allemagne, du Soudan, du Liban, du
Bangladesh, de l’Ethiopie et de l’Iran. Selon le même rapport, une grande
partie des réfugiés (73%) est accueillie dans un pays voisin du pays d’origine
et une majorité plus grande encore dans les pays en développement (86%)[3]. 55% des
personnes déplacées au cours de l’année 2020 ont trouvé refuge au sein de leur
pays. Sur les 45% qu’il reste, seul 6,3% migrent vers un pays riche[4].
L’immigration rapporte de l’argent en France !
Dans une étude
publiée le jeudi 29 octobre 2021, l'Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) explique que le coût de l'immigration pour les
États s'équilibre et peut même être positif. « Dans tous les pays, la contribution des immigrés sous la forme
d'impôts et de cotisations est supérieure aux dépenses que les pays consacrent
à leur protection sociale, leur santé et leur éducation », écrit
l'organisation internationale. Ainsi, selon la même étude, entre 2006 et 2018,
en France, la contribution nette des personnes nées à l'étranger est excédentaire,
étant de 1,02% du PIB. « Quand on fait le compte, on observe que la contribution est
positive jusqu'à la prise en compte des dépenses militaires et de la dette
publique », affirme alors le chef de la
division Migrations de l'OCDE, Jean-Christophe Dumont. « La politique d'intégration,
ce n'est pas une dépense, il faut voir ça comme un investissement. Avec un
retour sur investissement », finit par dire
Jean-Christophe Dumont.
Les immigrés favorisent l’innovation
Selon une étude de la National Venture Capital Association réalisée en 2012, il y a 62 créateurs d’entreprise sur 10 000 immigrés aux Etats-Unis, un taux deux fois plus élevé que pour les nationaux autochtones. La tendance a aussi été constatée ne France : d’après une enquête menée en 1994, la propension à créer une entreprise s’élève à 18 pour 10 000 adultes Français, à 49 pour 10 000 parmi les ressortissants des pays européens et à 47 pour 10 000 parmi les étrangers non ressortissants de l’UE[5].
Aux
Etats-Unis, 25% des brevets est déposé par les immigrés. En Allemagne, 13% et
en France 8% seulement. Rien n’est fait en France pour que les étudiants
étrangers restent en France après leurs études et c’est une grande erreur. En
novembre 2018, Edouard Philippe a fait augmenter les droits d'inscription pour
les étudiants étrangers extracommunautaires. L'augmentation porte à 2 770 euros
les droits d'inscription en licence et 3 770 euros en master, contre
respectivement 170 euros et 243 euros pour les étudiants venant de l'Union
européenne. Par cela, la France se prive de nombreux talents. Faisons l’inverse,
accueillons et régularisons.
[1] « "Impasse"
ou "hypocrisie", Benoît Hamon et Marlène Schiappa parlent de la
politique migratoire en France », France Inter, le Mercredi 30
novembre 2022, consulté le 24/12/2022 et consultable ici : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-30-novembre-2022-7799680.
[2]
« On
ne peut pas accueillir toute la misère du monde – en finir avec une sentence de
mort », Jean Tevanian et
Jean-Charles Stevens, Anamosa, 2022, page 34.
[3] Ibid. Pages 18-19.
[4] Ibid. Page 31.
[5] Ibid. Page 51.

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