Les médias : un enjeu démocratique fondamental à consolider

Les médias : un enjeu démocratique fondamental à consolider

Les médias sont parfois désignés comme étant un « contre-pouvoir », voire le « quatrième pouvoir » faisant suite à la traditionnelle séparation des pouvoirs de Montesquieu entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Ils remplissent ainsi un rôle fondamental en démocratie afin que les citoyennes et citoyens puissent se forger une opinion des plus libres et des plus éclairés. Toutefois, la manière dont ceux-ci sont financés pose de plus en plus questions. Un petit nombre de milliardaires s’accaparent de plus en plus les rédactions et maisons d’édition pour peser dans le débat politico-médiatique en protégeant leurs intérêts de classe. C’est ce que l’on appelle la « concentration des médias » qui peut avoir des conséquences sur les journalistes. Mais le modèle économique des médias, vers de plus en plus de rentabilité financière, favorise également davantage des débats houleux et les clashs spectaculaires plutôt qu’une réelle information profonde ou d’investigation.

Une concentration massive des médias en France.  

Les médias de masse se sont développés avec l’essor de la télévision. Et leur concentration s’est accru au fil du temps. C’est pourquoi une commission d’enquête a été menée par le Sénat de novembre 2021 à mars 2022[1]. Ces conclusions sont sans pareil : en France, 11 milliardaires détiennent 81% des journaux vendus pour la presse quotidienne nationale, un chiffre qui s’élève à 95% pour la presse hebdomadaire nationale. Ils détiennent 47% de l’audience de la radio, 57% de celle de la télévision et 44% des sites d’information. Cela pose de nombreux problèmes démocratiques pointés par la spécialiste de la question, Julia Cagé. Elle a démontré que cette mainmise sur les médias permettait aux milliardaires de censurer certains programmes – comme « les Guignols de l’info » pour Vincent Bolloré. Mais ce sont surtout les journalistes qui sont ainsi susceptibles de s’autocensurer afin de préserver leur emploi sur des sujets sensibles, touchant à l’entreprise du patron du média par exemple : la polémique sur le plateau de C8 avec Cyril Hanouna et Louis Boyard en témoigne. De plus, lorsque le même a racheté Prisma média – le leader de la presse magazine française – en 2021, 130 journalistes en CDI sur 400 sont partis[2], de gré ou de force. La ligne éditoriale de ces médias n’est pas neutre : CNews – depuis son rachat par l’ultra-conservateur Vincent Bolloré – s’est extrême-droitisé, allant jusqu’à offrir l’antenne à une heure de grande écoute à Éric Zemmour ; en témoigne également les purges la suite du rachat de Europe 1 et la ligne ultralibérale de BFMBusiness de Patrick Drahi.

Modèle économique des médias : la rentabilité impose des coupes budgétaires néfastes à une information de qualité.  

Est ainsi effectuée une course au sensationnalisme. Jean-Jacques Jespers, professeur de journalisme, a dans ce sens élaboré le concept d’« émocratie », un néologisme pour signifier un système où les discours et les décisions sont dictés par l’émotion. Les dépenses d’investigation fondent et la course aux clics est enclenchée. On peut également s’interroger sur l’impact d’un financement qui repose de plus en plus sur la publicité et de moins en moins sur les abonnements payants. Or de fait, cela engendre une situation de dépendance vis-à-vis de l’entreprise en question.

Une démocratisation des médias est nécessaire.  

Alors que les Français et françaises interrogés pour le baromètre 2022 des médias estiment à 91 % qu’il est « important » ou « essentiel » que les médias conservent leur indépendance des milieux économiques[3], les médias doivent enfin être consacré en tant que bien public d’intérêt démocratique majeur en donnant davantage de pouvoirs aux journalistes et en refondant le financement des médias – et notamment les « aides à la presse » étatiques. Julia Cagé propose ainsi la création de « Bons pour l’indépendance des médias » « qui remplaceraient les aides à la presse actuelles et donneraient à chaque citoyen la possibilité d’allouer l’aide publique aux médias de son choix »[4].



[2] « Censure, course aux clics et burn-out dans les magazines de Bolloré », Streetpress, par Lina Rhrissi, publié le 24 octobre 2022, consulté le 24 février 2022 et consultable ici : https://www.streetpress.com/sujet/1666623081-censure-course-clics-burn-out-magazines-bollore-prisma-medias-rachat-concentration-journalisme-canal-hanouna-zemmour.

[3] « La concentration des médias en débat à l’Assemblée nationale », Acrimed, par Maxime Friot, publié le jeudi 17 novembre 2022, consulté le 24 février 2022 et consultable ici : https://www.acrimed.org/La-concentration-des-medias-en-debat-a-l.

[4] « Comment sauver le pluralisme des médias ? », CNRS Le Journal, par Fabien Trécourt, publié le 22 février 2022 et consulté le 24 février 2023 et consultable ici : https://lejournal.cnrs.fr/articles/comment-sauver-le-pluralisme-des-medias.

+ https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/la-concentration-des-medias-un-enjeu-democratique-906649.html.

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