Qu’est-ce que la retraite ?

Qu’est-ce que la retraite ?

 

Alors que l'autoritarisme macroniste a encore frappé et que Macron gouverne contre le peuple à 80% et contre la représentation nationale : revenons succinctement sur l'histoire des retraites et de la Sécu, en reprenant modestement les analyses d'action salariat.

Histoire du démantèlement d’une conquête sociale : du salaire continué au salaire différé

La retraite est d’abord le résultat d’une lutte sociale. En 1910, le tandem socialiste René Viviani et Jean Jaurès arrachent une retraite pour tous par la votation des « retraites ouvrières et paysannes »… à 65 ans. Et ce du fait d’un compromis, avec des pensions très faibles et une opposition de la Confédération Générale du Travail – CGT notamment. Jean Jaurès prévient : « demain nous vous demanderons un âge abaissé » et certain nombre d’autres dispositions telle qu’« une participation plus large des assurés à la gestion des caisses »[1]. Et cela a été fait par le ministre communiste du Travail et de la Sécurité sociale à la Libération Ambroise Croizat. Est ainsi créé le régime général de la sécurité sociale en 1945 contre le patronat : il s’agit alors d’un système par répartition mais dans une logique de « salaire continué ». En 1947, l’Association générale des institutions de retraite des cadres (AGIRC) était le régime complémentaire des cadres – désormais AGIRC- ARCO, étendu à tous les salariés. Mais c’est alors une tout autre logique qui se met insidieusement en place : un régime par répartition toujours – bien qu’étant encore pire, la capitalisation n’est pas le sujet principal du débat en France – dans une logique de « salaire différé ». Cette différence est très peu mise en débat en France et c’est pourtant l’essence des retraites telles qu’elles ont été mises en place initialement puis combattu par le patronat. Bernard Friot, économiste, a remis au goût du jour cette distinction : le salaire continué « c’est lorsque la pension est la poursuite du salaire après l’emploi » alors que le salaire différé, le fameux « j’ai cotisé j’ai droit », « c’est lorsque la pension est tirée des cotisations versées lors des emplois passées »[2]. Ce qui a été créé en 1945 était un droit au salaire des retraités et ce de manière déconnectée d’un emploi subordonné à effectuer. Ce qui a été changé dès 1947 par le droit au différé de ses cotisations, « qui remet le salaire sous la dépendance du contrat de travail ». En 1983, la retraite à 60 ans, longtemps promise, est mise en place jusqu’en 2010 où N. Sarkozy la supprime. Une des plus grandes ruptures a été 1967 où 3 « branches » ont été rendu autonomes financièrement – maladie, famille et vieillesse – alors qu’avant elles se compensaient : une façon de créer artificiellement des déficits. Ah : le « trou de la sécu’ » ! Puis, les contre-réformes s’enchainent : création du Plan Épargne Retraite en 1987 pour développer les marchés financiers, report de la durée de cotisation de 37,5 à 40 et maintenant 43 annuités d’ici 2027. Enfin, à ses débuts gérés par les travailleurs, vite rejoints par le patronat, le régime général a été progressivement étatisé, soit de plus en plus soumis aux recettes de l’État par la création de la CSG et de la CRDS et ce de manière antagoniste vis-à-vis des ambitions initiales.

Les miracles des retraites ou le temps libéré par le salaire continué

Il est des plus important de rappeler le miracle principal des retraites : avoir divisé la pauvreté des retraités par 4 en 15 ans, de 1970 à 1984, passant de 35 à 7,5% ! Telle a été la raison de la création du minimum vieillesse en 1956. Ainsi, ce qui a été instauré en 1945 visait à faire « de la retraite non plus une antichambre de la mort mais une nouvelle étape de la vie » de la bouche de son instigateur. Le miracle a été de créer – non pas le différé de cotisations – mais la poursuite du salaire, sa continuation, et ce sans travail contraint. Et oui sans travail contraint parce que les retraités travaillent. Mais il travaille de manière libre : ils choisissent ce qu’ils veulent faire car qu’il le fasse ou non, qu’il fasse du jardinage, qu’ils lisent, qu’ils écrivent, qu’ils chantent, qu’ils s’occupent de leurs petits enfants (ou non), ils seront payés ! La retraite, c’est n’est pas l’après travail mais bien du travail libre par le temps libéré. Les retraités travaillent et sont essentiels : ils représentent plus de la moitié des présidents d’associations et plus de 40% des maires. D’après la DREES, les grands-parents effectueraient environ 16,9 millions d'heures de garde par semaine auprès de leurs petits-enfants de 0 à 5 ans. Repousser l’âge de départ a donc aussi des conséquences sur la vie sociale de la société française en plus de continuer la rupture avec le projet révolutionnaire de 1945.

 

 

Article initialement publié dans le Journal de mon lycée d'où le format plus contraint, plus court.



[1] François Ruffin, Le Temps d’apprendre à vivre, la bataille des retraites, Les Liens qui Libèrent (LLL), 2022.

[2] Bernard Friot, Prenons le pouvoir sur nos retraites, La Dispute, 2023.

 

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