A quand un enseignement 100% public ?
La carte scolaire et la répartition public-privé est importante et engendre de nombreux enjeux sur la laïcité, la mixité scolaire, les aides et financements publics notamment. C’est ce que nous allons explorer dans ce bref billet. Nous verrons d’abord ce qu’il en est en France avant de se pencher sur ce qu’il pourrait être fait.
État des lieux des écoles Française
En 2020, près de 87% des élèves du primaire étudient dans le public, soit environ 5,7 millions d’écoliers. Dans le secondaire, ce ne sont pas moins de 79% des lycéens qui côtoient chaque semaine un établissement public, soit près de 4,5 millions d’élèves[1]. A l'échelle nationale, 17,33% d'élèves sont dans le privé en moyenne[2].
Surtout : les écoles privées concentrent les enfants de familles favorisées, davantage que les écoles publiques. Cette séparation renforce donc la non-mixité sociale dans les établissements scolaires, voir l’entre-soi, surtout dans les établissements parisiens et des grandes métropoles[3].
Il faut distinguer deux types d’écoles privés : les « hors contrat » et les « sous contrat ». Ces dernières reçoivent des aides publiques et représentent 98% des écoles privées sur le territoire national. Les écoles privées peuvent aussi être laïque. Mais 94 % des établissements « sous contrat » demeurent catholiques à la rentrée 2018[4]. Les aides publiques pour ces établissements privées s’élèvent à 12 milliards en 2020, dont 8 milliards viennent de l’État auxquelles se rajoutent les subventions des collectivités locales de l’ordre de 4 milliards d’euros.
Que faut-il faire ?
Il n’est pas possible qu’encore en 2023, il existe une telle ségrégation sociale et scolaire. L’école doit enfin être 100% gratuite – même pour les sorties, les repas à la cantine et les fournitures scolaires – laïque et publique, au moins jusqu’à l’enseignement secondaire. Pour cela, il faut re-rendre attractive les écoles publiques : revaloriser les enseignants en dégelant le point d’indice et en rattrapant la baisse de ces quinze dernières années et en multipliant les inspections pour les carrières évoluent plus rapidement. Il faut aussi y améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage en rejoignant la moyenne européenne – qui est aussi celle de l’enseignement privé – de 19-20 élèves par classe dans le primaire puis de 22-25 dans le secondaire.
Il faut ensuite baisser, encadrer voire interdire les subventions publiques aux écoles privées. Mais le plus important et aussi le plus contesté est de fait une grande loi de sécularisation, de nationalisation de l’école comme cela fut tenté en 1982 par la Loi Savary. Cette dernière fut l’aboutissement d’un des 110 propositions pour la France de François Mitterrand, candidat à l'élection présidentielle française de 1981, qu'il remporte. Il s’agissait de créer un « grand service public unifié et laïque de l'éducation nationale », dit « grand SPULEN ». La question du degré d’autonomie de ces anciennes écoles privées se posait. Toutefois, le projet fut abandonné à cause du manque de ferveur de la part de la gauche « PS » et de la forte opposition de la droite, plus ou moins réactionnaire et intégriste, voir par opportunisme.
C’est toutefois, je le crois, un projet qui doit être remis à l’ordre du jour, sans que ce soit non plus LA priorité, le principal étant la qualité de l’enseignement, son caractère émancipateur et la réduction des inégalités socio-spatiales.
[1] « Ecole publique ou privée ? Différences, avantages et inconvénients », Le Parisien, publié le 14/04/2022, consulté le 25 février 2023 et consultable ici : https://carnet.leparisien.fr/actualites/vie-de-famille/ecole-publique-ou-privee-differences-avantages-et-inconvenients-2748/.
[2] https://www.politologue.com/ecoles/statistiques/departements/, consulté le 25 février 2022.
[3] « Entre école publique et école privée, les chiffres de la fracture sociale », Le Monde, Par Romain Imbach et Violaine Morin, Publié le 08 novembre 2022 à 06h00, mis à jour le 08 novembre 2022 à 16h32, consulté le 25 février 2023 et consultable ici : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/11/08/l-ips-cet-outil-qui-revele-l-ampleur-de-l-entre-soi-dans-les-colleges-prives_6148909_4355770.html.
[4] https://www.fnlp.fr/2020/02/25/la-loi-debre-cest-12-milliards-de-fonds-publics-pour-lenseignement-catholique/, consulté le 25 février 2023.

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