La suppression du corps diplomatique est une erreur

La suppression du corps diplomatique est une erreur

Quelle (contre)-réforme ?

Ce n'est pas une blague et pourtant... Faisant suite à ce que la macronie a appelé la transformation de la fonction publique enclenché en 2019, la contreréforme du corps diplomatique prévoit la disparition progressive de deux corps de diplomates parmi les plus prestigieux : les conseillers des affaires étrangères et les ministres plénipotentiaires. Ces derniers seront intégrés dans le nouveau corps unique d'administrateurs de l’État, qui ne sera plus rattaché à un ministère spécifique. Cela fut décidé par décret le 16 avril 2022, sans consultation du Parlement. Selon le gouvernement, l'objectif est d'ouvrir les postes d'ambassadeurs et de consuls généraux à une plus grande diversité de profils[1]. Mais en réalité, les conséquences pourraient être tout autre et notamment la volonté de recaser les « copains », qui perdent aux élections législatives par exemple…

Le corps diplomatique a pourtant signifié sa rigoureuse opposition, la contreréforme du corps diplomatique ayant engendré la deuxième grève de son histoire en juin 2022. Leur argument principal étant la « non-interchangeabilité » des hauts fonctionnaires.

Quelles conséquences géopolitiques et politiques ?

- Cette absence de professionnalisation risque de nuire à la diplomatie française. Un impact négatif tant sur les personnels que sur le rayonnement français est à craindre. D’autant plus que la France est réputée pour son réseau diplomatique : le troisième au monde ! Le ministère des Affaires étrangères est de surcroit de plus en plus affaibli : ses effectifs ont fondu de 30% en 10 ans, voire de 50% en 50 ans d’après le rapport issu de la commission d’enquête du Sénat sur le sujet[2]. Une réduction 4 fois plus importante que pour le reste de la fonction publique d’État. Le même rapport pointe également une rémunération des agents diplomatiques plus faibles que les autres corps et cela ne va pas en s’améliorant. Le ministère subit en outre la concurrence grandissante d'agences comme l'Agence française de développement (AFD).

- Cette contreréforme ouvre la voie pour une politisation des nominations. En effet, c’est le Président de la République qui pourra ainsi nommer qui il souhaite parmi n’importe quel corps d’État.

La France Insoumise est ainsi opposée à cette contreréforme : « Le problème n'est pas que les corps soient supprimés, mais qu'ils ne soient remplacés par rien », affirme Arnaud Le Gall. L'élu insoumis réclame des garanties pour qu'une véritable filière diplomatique se mette en place, par exemple que les diplômés de l'Institut du service public – qui a remplacé l'ENA – passent obligatoirement par la nouvelle École pratique des métiers de la diplomatie pour pouvoir intégrer le Quai d'Orsay[3].

Et pourtant les enjeux ne manquent pas !

Le même rapport sénatorial dresse le tableau : nous sommes dans « une période caractérisée par la reprise de la guerre en Europe, l'expression agressive des États-puissance sur tous les théâtres géopolitiques, la remise en cause de l'ordre international, de l'architecture de sécurité et du multilatéralisme hérités de la seconde guerre mondiale et plus généralement la multiplication des crises dans les champs politique, sanitaire, écologique et économique. »[4] Ainsi, les enjeux mondiaux nécessitant une diplomatie effective, efficiente et efficace sont multiples, élément que ne semble pas avoir pris en compte les pourfendeurs de la contreréforme. La coopération internationale et le multilatéralisme est d’autant plus important que les enjeux se mondialisent : il nous faut débloquer les brevets sur les vaccins du Covid pour qu’ils soient accessibles au plus grand nombre, il nous faut pousser pour accélérer la décélération face aux enjeux climatiques et environnementaux. En faisant cela, Macron est à contretemps. Comme (trop) souvent, pour ne pas dire, comme toujours.



[1] « Réforme du corps diplomatique : que prévoit le décret du 16 avril 2022 ? », Vie Publique, par La Rédaction, publié (« dernière modification ») le 22 juillet 2022, consulté le 24 février 2023 et consultable ici : https://www.vie-publique.fr/en-bref/284884-haute-fonction-publique-la-reforme-du-corps-diplomatique.

[3] « La réforme du corps diplomatique divise les députés », Les Echos, par Sophie Amsili, publié le 12 janv. 2023 à 18:01, mis à jour le 12 janv. 2023 à 18:12, consulté le 24 février 2023 et consultable ici : https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/la-reforme-du-corps-diplomatique-divise-les-deputes-1896634.

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