Qu’est-ce que la violence ?
Quel point commun entre toutes ces situations ? « Assassin », ainsi a été qualifié Olivier Dussopt par le député insoumis Aurélien Saintoul en plein débat sur les retraites à la fin d’une intervention sur les morts au travail qui augmente tout au long des mandats Macron. Tout en présentant immédiatement ses excuses, ce député n’a pourtant fait qu’un constat factuel. Un Président de la République qui gouverne en menant une contreréforme des retraites contre 93% des actifs et 75% des Français. Et Thomas Portes qui pose avec un ballon de foot dont la tête d’Olivier Dussopt est affichée dessus en soutien à une mobilisation des inspecteurs du travail. Le député subit une instrumentalisation de l’affaire par la macronie pour masquer leurs échecs leurs de niche parlementaire du PS le jeudi et pour retarder le débat sur les retraites le vendredi : il est alors condamné à la peine maximale pour un député… à l’instar du député raciste et fasciste d’extrême-droite RN Grégoire de Fournas dont l’intervention « qu’il retourne en Afrique » est désormais utilisée par l’extrême-droite pour organiser des soirées. A priori aucune ! Et pourtant, selon que l’on est insoumis, macroniste ou lepéniste, toutes ces situations seront qualifiées de violentes.
Il est tant de revenir sur ce qu’est la violence d’un point de vue conceptuel, d’en distinguer les différentes natures et la manière dont elles surviennent alors que celles-ci semblent se multiplier en politique après s’être amoindri au cours des années précédentes.
Les violences sont diverses !
Nous allons dans cette première partie essayer de déterminer l’ensemble des types violences possibles. Cette typologie a vocation à évoluer par sa nature même. Il n’y a pas de hiérarchie bien qu’une catégorie plus vaste de violences sera établi à la fin pour désigner ce qui par-dessus-tout est la violence la plus impactante.
Les premiers actes que l’on associe au terme « violence » sont les violences physiques contre les biens et/ou les personnes. Ce sont de fait des violences mais il faut bien distinguer les choses : une violence physique contre un bien est insignifiante par rapport à celle commise contre un être vivant. Mais il ne faudrait pas croire qu’il s’agit de la seule forme de violence existante.
La prégnance des violences verbales et psychologiques n’est pas à minorer vis-à-vis de l’impact qu’elles peuvent avoir sur l’individu. Elles peuvent s’inscrire durablement dans du harcèlement, forme la plus immonde la lâcheté humaine.
Il ne faut surtout pas oublier la violence sociale qui est celle exercée par les puissants, par les dominant sur les dominée. Qui est celle, et surtout depuis les années 1980, du néolibéralisme forcené sur les corps et les esprits et qui était évidemment avant celle du capitalisme industriel. Elle est enfin celle des contreréformes des gouvernants sur leurs populations. Ils ont en effet mené, sous l’égide des organisations états-uniennes que sont le FMI ou la Banque Mondiale, des cures d’austérité, des « plans d’ajustements structurels » contre leurs à populations. Cette forme de violence est à rattacher à celle du capitalisme qui broie les corps et détruit la planète pour des profits, qui rend l’accumulation de la richesse immorale, insupportable et insoutenable. Il est tant d’abolir cette forme de violence ! Car elle est structurelle – elle fait système – et n’est pas multitude. D’autres sont dans le même cas.
Il existe également la violence des dominés sur les dominants : la fameuse violence symbolique bourdieusienne. Il s’agit d’« une forme de violence peu visible et non physique, qui s'exprime à travers les normes sociales et qui s'observe dans les structures sociales. Cette violence symbolique touche les dominés de façon à s'inscrire en eux, et à les amener à juger légitime une domination sociale donnée. » Il me semble que tout est dit, si ce n’est qu’elle n’est jamais ou trop peu considérée.
Les violences d’État sont indéniables, actuellement ou à travers le temps, ce qui pousse même certains à vouloir l’abolition de cette outils jugé forcément autoritaire et antidémocratique du fait de sa position dominatrice. Les États sont évidemment responsables des guerres : c’est bien l’État Russe qui a violemment agressé l’État Ukrainien, à l’encontre du droit international, et ce depuis 2014. Les États-Unis l’ont également fait en Irak. Etc., etc. Les États sont également responsable de multiples atteintes aux droits humains par l’usage du droit : arrestations abusives, application de la peine de mort… L’ensemble de ces fléaux sont étatiques. Ces violences sont à rattacher aux violences géopolitiques qui sont celle de l’impérialisme d’un État ou d’un groupe d’État sur un autre, autrefois l’URSS et les États-Unis et désormais clairement des États-Unis et de manière moins forte du fait de leur faiblesses relatives de la part de la Chine, de la Russie, des anciennes puissances coloniales.
Il existerait alors une forme de « violence civique ». C’est ce qu’a affirmé Emmanuel Macron, le 25 janvier 2023, face à un militant de Dernière rénovation alors en déplacement au salon de l’agriculture. Ce dernier ne faisait pourtant que lui rappeler son inaction en matière climatique, purement factuel. Cette accusation est d’autant plus frappante qu’elle dénote en creux d’une forme d’autoritarisme macronien à accepter le contradictoire et l’opposition. Le civisme ne peut pas être violent, sinon ce n’est pas du civisme, mais il peut – et c’est le cas ici – être ignoré voir méprisé.
Cette dernière est à rattacher à la violence climatique qui est par définition une menace existentielle qui peut générer des troubles psychologiques comme l’éco-anxiété, de la colère dans son acceptation abstraite. Mais de manière très concrète, dans les pays des Suds principalement, ce sont des familles qui n’ont plus de ressources pour survivre, qui sont contraintes de migrer, qui subissent des évènements climatiques extrêmes de plus en plus intensément et fréquemment.
Je l’ai dit, d’autres violences s’inscrivent dans des systèmes et notamment les systèmes de domination : il s’agit bien évidemment du patriarcat et des violences sexistes et sexuelles. Entre parenthèse, mais au moins comme cela est dit (ou plutôt écrit), Adrien Quattenens a renié son engagement en tant qu’insoumis à l’instant où il a levé la main sur sa femme. Traître qu’il est, il ne peut et ne doit plus jamais re-siéger au sein du groupe de la France Insoumise. Il doit démissionner. Toutes les personnes qui l’ont soutenu et qui le soutiennent encore aujourd’hui de manière ostentatoire, en l’applaudissant par exemple ce qui fut à vomir, ou en ne soutenant pas sa non-appartenance définitive à LFI se rendent complices. Les violences racistes ou vis-à-vis de minorités sous leurs formes extrêmes, c’est-à-dire coloniale ou génocidaire comme avec la Shoah ou plus quotidiennes – sans qu’elles soient à banaliser – sont indéniables comme les violences policières.
La pire des violences est celle qui frappe les individus pour ce qu’ils sont – non pas que la violence qui touche les individus pour ce qu’ils font ne soit pas grave –dans la mesure où le degré de violence est alors incompressible. Si une personne n’est pas acceptée – est discriminée, tuée etc. – pour ce qu’elle est alors toutes les autres pareil qu’elles subiront le même sort.
A la racine de la violence
Beaucoup de choses ont été dites. Mais revenons brièvement sur un scénario « type » d’apparition de la violence. 1. La violence sociale qui précarise et « brutalise », selon l’expression désormais convenue, la population. 2. La « violence des manifestants », qui réagissent à la première, et est très dénoncée par le système médiatico-politique, se comportant en bon « chiens de garde » de la bourgeoisie. 3. La violence des policiers, qui là encore réagissent à la deuxième. Malheureusement, la deuxième est au mieux chimérique, au pire infime et marginale. Et pourtant elle sert à masquer la racine du mal (n°1) et la réaction (n°3). Cette typologie est la traduction de la célèbre citation suivante par Hélder Câmara, un évêque brésilien connu pour sa lutte contre la pauvreté ayant vécu de 1909 à 1999.
« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »
Par ailleurs, le Robert définit la violence comme étant premièrement un « abus de la force ». Cela signifie que seul ceux qui peuvent être violents sont les puissants, ceux qui disposent de la force et qui peuvent donc en abuser.
La résurgence de la violence en politique
Il y a, et c’est incontestable, une multiplication récente de la violence en politique. Non pas sur le long terme : plus personne n’est assassiné à l’Assemblée par exemple. Mais de manière récente. Cette résurgence est due à la violence et l’intransigeance du pouvoir macroniste qui, arrogant, avance contre le peuple. Cela s’inscrit de manière plus large dans la violence du néolibéralisme. Combattre le néolibéralisme, c’est une bonne manière de combattre la violence.
[1] Cette distinction n’est pas de moi : elle se trouve dans l’un des livres/revues que j’ai lu mais que je ne retrouve guère.
+ un complément : « Définir la violence ? », Cairn, par Yves Michaud, Dans Les Cahiers Dynamiques 2014/2 (n° 60), pages 30 à 36.

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