Gates ou l’art du philanthropisme intéressé
Bill Gates ou le plus grand philanthrope du monde est devenu un représentant de la philanthropie moderne, c’est-à-dire réalisée par une poignée d’ultra-riches mécènes, milliardaires. Il est mis en avant partout tel le bienfaiteur de l’humanité. En réalité, il n’en est rien. Il est l’archétype de ce que l’on peut appeler le philanthrocapitalisme que l’on peut résumer en une expression : « le cœur sur la main, le sourire aux lèvres »[1].
Qu’est-ce que le philanthrocapitalisme ?
Le philanthrocapitalisme désigne littéralement le fait d’appliquer à la philanthropie les principes du capitalisme, soit le mélange d’un semblant de générosité et de grandes fortunes. Les philanthrocapitalistes se servent donc de la « générosité » pour faire des affaires et améliorer leur capital sympathie auprès du grand public. Le philanthrocapitalisme met au centre de son fonctionnement les firmes multinationales et surtout les méthodes du capitalisme. Il permet de générer des profits et ne remet absolument pas en cause le système socio-économique dans lequel il s’inscrit[2].
La Fondation finance ce qu’elle prétend combattre
D’abord, il faut noter sa prétendue « générosité » ne l’a pas empêché de s’enrichir davantage. Bien au contraire. Entre 2011 et 2022, la fortune de Bill Gates est passé de 56 à 112 milliards d’euros. Pour cela, il fait des placements associés à des fonds d’investissement qui placent de l’argent. Ce sont les dividendes de ces placements qui alimentent la Fondation. Sauf que les placements de Bill et Melinda Gates investissent dans l’armement – notamment BAE Systems– et dans trente-cinq des sociétés les plus émettrices de gaz à effet de serre comme les énergies fossiles (Total, BP…), les industries d’extraction minière et aussi les OGM (Monsanto/Bayer), la malbouffe (McDonald’s, Coca-Cola)[3]. Par exemple, Coca Cola a eu, en 2014, 538 millions d’euros de placement de la fondation Gates et profitait du programme destiné à former 50 000 agriculteurs au Kenya. Un ancien responsable de Monsanto fait aujourd’hui partie l’équipe de la Fondation Bill-et-Melinda Gates. Ce qui constitue un conflit d’intérêt évident. De même, il soutient financièrement la géo-ingénierie, soit la lutte contre le dérèglement climatique par le captage du CO2 plutôt que par une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, cautionnant ainsi l’inaction climatique actuelle.
La leçon qu’il faut en tirer
Les milliardaires ne sont pas dignes de confiance mais cela est une évidence. Ils sont près à contourner toutes les règles démocratiques et économiques pour remplir leurs intérêts et tout ce qu’iels – même si c’est surtout ils – font, iels le font pour eux exclusivement. En l’occurrence, Bill Gates a pu se racheter une popularité après le procès anti-trust de 1998 aux États-Unis. Il investit par ailleurs moins dans sa Fondation qu’il ne place d’argent dans les paradis fiscaux. Quoi qu’il en soit, et comme tous les milliardaires, Bill Gates est dangereux pour la démocratie puisque son poids économique dépasse largement celui de nombreux État. Il cherche à se substituer à eux, il substitue une décision unilatérale et personnelle de financement privé pour les OGM à la décision démocratique du financement de la recherche publique par exemple. Ce ne peut pas être acceptable pour n’importe quel républicain qui défend l’État de droit pour les Républicains « libéraux » et la République sociale pour les Républicains « Jacobins » ou « Plébéiens ».
[1] « Le philanthrocapitalisme et les « crimes des dominants » », Cairn, par Linsey McGoey, Darren Thiel et Robin West, Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Fanny Narcy, Dans Politix 2018/1 (n° 121), pages 29 à 54.
[2] « Bill Gates : l'incroyable arnaque derrière sa fondation », Le Media, par Yanis Mhamdi, publié le 19 septembre 2019, consulté le 26 février 2022 et consultable ici : https://www.lemediatv.fr/emissions/2019/bill-gates-lincroyable-arnaque-derriere-sa-fondation-lrx-rwu5RT-2es2e9XFEtA. Cet entretient est la colonne vertébrale de ce billet.
[3] « La philanthropie de Bill Gates alimente la machine capitaliste », We demain, par Claire Gollot, publié le 02/05/2019, consulté le 26 février 2023 et consultable ici : https://www.wedemain.fr/partager/la-philanthropie-de-bill-gates-alimente-la-machine-capitaliste_a3977-html/.

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