Suppression de la
redevance audiovisuelle : l’arnaque totale du gouvernement !
Alerte ! Arnaque sur le pouvoir d’achat et attaque à la démocratie ! Ainsi peut être qualifié la suppression de la redevance audiovisuelle par le gouvernement Borne. Présentée par celui-ci comme étant une mesure de pouvoir d’achat, nous démontrerons ici qu’il n’en est rien. Pire : que cette mesure favorise les plus riches ! Terrifiant : elle met en danger l’indépendance de l’audiovisuel public censé être garant de notre démocratie en incarnant ce qui est parfois appelé le « 4ème pouvoir »[1], le pouvoir médiatique. Cette disposition est donc mensongère, anti-redistributive et anti-démocratique.
Une réelle mesure de pouvoir d’achat ?
Le contexte sur le pouvoir d’achat est explosif. J’y est déjà consacré deux articles…[2] L’inflation record le fait fondre. Avec une inflation de l’ordre de 6,1% en juillet sur un an d’après l’Insee, les Français·es sont pris à la gorge[3] ! Cela nécessite une intervention de l’État évidemment, le marché s’en contre-moque, mais absolument celle-là (voir article 2 de la note 2). Alors, pourquoi s’agit-il selon moi d’une arnaque ?
D’abord, quel serait l’économie réalisée avec une telle suppression ? 139€ par an par téléviseur détenu en métropole[4], soit une économie de 11 euros et 58 centimes par mois… En réalité : des miettes. Ce n’est donc qu’un gain minime de pouvoir d’achat que le gouvernement accroit avec cette suppression de taxe.
D’autant plus que le gouvernement s’engage – et nous verrons en troisième partie que ce n’est que mensonge – à préserver l’indépendance de l’audiovisuel public. Ce qui signifie concrètement que les moyens alloués à celui-ci ne diminueront pas et viendront donc du budget de l’État. Le gouvernement ne prévoie pas de l’augmenter. Au contraire, il vient de le grignoter : en effet, en liquidant la redevance il l’a amputé de 3,865 milliards (le montant de celle-ci). Il faut donc soit y affilier une nouvelle recette, soit dilapider une autre partie de ce budget. La première option : inimaginable pour le très néolibéral Bruno Le Maire ! La seconde : compatible avec les dogmes du ministre de l’Économie et des finances. Des « économies » vont donc être réaliser. Sans que l’on sache où ou encore comment.
Après de multiples tergiversations, ils ont finalement décidé d’affecter une partie de la TVA pour garantir l’indépendance de l’audiovisuel public. Or la TVA est précisément un des impôts les plus injustes : proportionnel, elle pèse pour 12,5% dans le budget des 10% les plus pauvres contre moins de 4% dans celui des 10% les plus riches. L’arnaque est donc double, si ce n’est triple…
Une mesure qui bénéficie aux plus riches
En effet, tout le monde ne paie pas la redevance audiovisuelle. Les ménages les plus pauvres en sont en effet exonérés. D’après Alternatives Économiques, les 10 % les plus modestes y consacrent 3 % de leur revenu disponible, contre 0,2 % pour les 10 % les plus aisés. Dans le détail, 27,7 millions de foyers déclarent posséder un téléviseur mais près de 5 millions d'entre eux sont exonérés de redevance en raison de la faiblesse de leurs revenus. La collecte se limite donc à 3,2 milliards d'euros. Mais l’État compense financièrement les exonérations qu'il accorde à hauteur de 600 millions d’euros.
En clair, 23,2 millions de foyers fiscaux[5] (61,2%) ont payé cette contribution à l’audiovisuel public en 2017. Le nombre de foyers fiscaux recensés en 2018 étant de 38,5 millions, près de 15 millions de personnes ne verront pas les quelques miettes que daigne leur offrir le gouvernement ! Et ce sont soit les plus pauvres exonérés, soit les individus ne possédant pas de téléviseur[6]. Coutume de ce gouvernement, cette mesure bénéficie donc aux plus riches des Français·es. Tristement, ce n’est pas le dernier vice de celle-ci…
Au-revoir cher audiovisuel publique !
L’audiovisuel public se trouve sacrifié après cette décision des parlementaires de droite et d’extrême droite[7]. Il faut tout d’abord savoir qu’il s’agit d’une revendication très ancienne… de l’extrême-droite ! S’estimant marginalisée et critiquée sur le service public, ils prônent depuis longtemps cette suppression pour fragiliser ce service public avant d’en venir à bout ultérieurement. La suppression de cette taxe spécifique et stable implique la fusion du financement de l’audiovisuel public avec le budget de l’État. Or celui-ci est discuté chaque années[8] et dépend du bon vouloir des politiques. Il peut donc fluctuer tous les ans. Par conséquent, sa pérennité et sa stabilité se trouve ici remise en cause.
A quoi sert cette contribution ? Elle finance majoritairement France Télévision à un niveau de 66% mais aussi Radio France (16%), Arte France (7%), France Médias Monde (7%), TV5 Monde (2%) et l’INA (2%). Cette opération met donc à mal l’information quotidienne des Français·es (France télévision et radio France), la coopération audiovisuelle et culturelle franco-allemande (Arte), le rayonnement culturelle et linguistique français ainsi que les contacts avec ses « Français·es de l’étranger » (France Médias Monde, TV5 Monde) et l’histoire audiovisuelle française (INA). Cette manne représente 87 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de ces entreprises, un chiffre qui varie de 81 % pour France Télévisions à 88 % pour Radio France, ou 71 % pour l’INA. Autrement dit, sans cette somme, ils n’ont plus qu’à mettre la clé sous la porte ! La fraction de TVA alloué est – je l’ai déjà dit – instable et dépendante du pouvoir politique.
Les médias constituent en outre ce que l’on appelle un « contre-pouvoir ». Certains les considère même comme étant le « 4ème pouvoir ». Ils sont donc censés être garant de nos démocraties. Dévoyés et noyautés par les milliardaires, les autres médias doivent également être reformés et ne joue déjà plus leur rôle[9] ! D’où l’importance de l’audiovisuel public. En définitive, ce n’est pas que l’audiovisuel public qui ressort abimer de cette affaire mais bien la démocratie française tout entière.
Pour conclure, la contribution à l’audiovisuelle public a certes de nombreux défauts mais elle demeure la meilleure façon de protéger l’audiovisuel public. Lui-même critiquable pour son manque d’indépendance et de pouvoirs attribués aux journalistes et aux spectateurs-lecteurs, il n’en reste pas moins un filet de protection vis-à-vis de notre démocratie. Particulièrement actuellement, lorsque la chaine CNews acquises par le très réactionnaire richissime Bolloré fait de la propagande raciste et libéral[10] à longueur d’antenne. Celle-ci a même été le catalyseur du « phénomène Zemmour », en réalité bulle médiatique vu son pitoyable score – quoique déjà significatif.
Au lieu de céder à l’extrémisme en éliminant cette taxe, la majorité et ses alliés[11] auraient pu la réformer pour la rendre plus juste et plus adaptée à la réalité « connectée » du XXIème siècle. Connectée car les Français·es possèdent en moyenne 5,6 écrans par foyer leur permettant de regarder de la vidéo. L’essor des tablettes, ordinateurs ou encore smartphone ont rendu cette taxe d’autant plus obsolète. La répartition des supports vidéo rend nécessaire la transformation de cette taxe en taxe universelle : chacun devrait payer cette taxe. Afin qu’elle soit plus juste, il est indispensable qu’elle devienne de surcroît progressive. Fini la tarification unique et injuste de 139 euros[12], ce prélèvement doit devenir progressif. Julia Cagé, économiste et spécialiste des médias et de leurs financements, a par ailleurs immédiatement proposé un contre-projet[13] à celui du gouvernement comprenant ces deux aspects. Prêt à l’emploi, il a été repris par les différents groupes de la NUPES[14] à l’Assemblée nationale. Refusée par le gouvernement. Enfin, il faut renforcer le service public audiovisuel dans les territoires ultramarins. Ceux-ci sont confrontés à un service public réduit par rapport à l’hexagone.
[1] En plus des pouvoirs juridique, exécutif et législatif dont Montesquieu est l’inventeur au temps des Lumières. Nous verrons dans un prochain article que la question des différents pouvoirs reste encore aujourd’hui mal pensée et mise en œuvre. Les sociétés et les organisations socio-économico-politiques aussi, ce concept garant de notre démocratie lui non (pouvoirs économiques etc…).
[2] « Des miettes et du carbone » – loi pouvoir d’achat du gouvernement (https://celian-redon-actu-analysee.blogspot.com/2022/07/des-miettes-et-du-carbone-loi-pouvoir.html)
Alternatives progressistes au projet de loi pouvoir d’achat du gouvernement (https://celian-redon-actu-analysee.blogspot.com/2022/07/alternatives-progressistes-au-projet-de.html)
[4] Le coût est en effet moindre en Outre-Mer (89€) et si l’on a un plus grand nombre de téléviseurs.
[5] Un foyer fiscal désigne l’ensemble des personnes inscrites sur une même déclaration de revenus.
[6] Minime mais non négligeable : 6,6% Français·es ne sont pas équipés de téléviseurs en 2019, selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel.
[7] LREM, le MODEM, Horizon, LR et le RN ont massivement voté pour cette suppression
[8] Ou plus lorsque des procédures exceptionnelles sont pratiquées comme ici après une élection.
[9] Ou un moindre rôle suivant l’agenda éditorial de leur possesseur.
[10] Libéralisme économique évidemment, qui fait aujourd’hui consensus de la droite à l’extrême-droite.
[11] LR et le RN notamment
[12] Ou moins selon les exceptions (nombre de téléviseur, localisation du domicile)
[13] https://www.jean-jaures.org/publication/une-autre-redevance-est-possible-pour-un-financement-affecte-mais-plus-juste-de-laudiovisuel-publicc/
[14] La France Insoumise-Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (LFI-NUPES), Socialistes et apparentés-NUPES (SOC-NUPES), Écologistes-NUPES (ECO-NUPES) et Gauche Démocrate et Républicaine-NUPES (GDR-NUPES)

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