Alternative : quels sont les enjeux d’une sortie du nucléaire ? (4/4)

Dossier : Quel mix énergétique pour la France ? Débat sur le nucléaire (4/4).

Alternative : quels sont les enjeux d’une sortie du nucléaire ?

C’est le dernier article de ce dossier. Le dernier article est consultable ici[1]. Rappelons encore une fois que la priorité est la sortie des énergies carbonées mais ce n’est pas le sujet traité ici. Les enjeux de cette réduction résident principalement dans les secteurs où les énergies fossiles sont les plus utilisées : résidentiel (se chauffer, construire), de transport (se déplacer) et alimentaire (se nourrir). L’ébriété énergétique de ces domines est réductible à travers des politiques de sobriété franches. Or, un article dédié à la sobriété est prévu. Intéressons-nous donc ici aux enjeux qui accompagnent une sortie du nucléaire.

1/ Il faut produire moins d’énergie.

La question écologique est globale : ne prendre en compte que les émissions de gaz à effet de serre seraient une erreur ! Il faut aussi penser à notre impact sur les ressources naturelles et la biodiversité. Il faut changer de modèle. Sortir de la logique consumériste et marchande est un impératif. Par conséquent, il faut produire moins d’énergie en Allemagne et dans le monde. Bien que cette politique de réduction de la production d’énergie passe par une augmentation de la production d’électricité. Cela n’empêche qu’aujourd’hui notre impact sur le vivant est une prédation. Et qu’on ne peut réduire cette prédation qu’en diminuant notre consommation d’énergie. Une des causes de cette prédation est bien ce que l’on appelle « l’ébriété énergétique », soit son gaspillage par ses usages inutiles ou mésusages sous l’illusion que l’énergie est propre et pas chère.

Les énergies renouvelables ne sont pas LA solution miracle. Personne ne le prétend. Il faut prioritairement réduire la consommation d’énergie en utilisant les deux moyens que sont la sobriété[2] et l’efficacité énergétique. Et ensuite seulement combler les besoins et les vides causés par le retrait des énergies fossiles puis du nucléaire par des énergies renouvelables (EnR) et de l’hydrogène vert.

Semi-focus : l’Allemagne : le semi-mauvais exemple de tentative de sortie du nucléaire ratée[3].

L’Allemagne, qui a tenté de sortir du nucléaire il y a environ dix ans est très souvent l’épouvantail mis en avant par les nucléaristes français pour démontrer qu’une sortie du nucléaire est impossible. Cette vision, culpabilisante pour les écologistes et culpabilisatrice pour les Allemands pour ne pas dire germanophobe, vise à montrer que l’expérience allemande n’est QU’UN échec. Et que cet échec total ne pourrait QUE se reproduire en France si une tentative était également menée. Simplificatrice, manipulatrice et fausse, cette diatribe a pour objectif de discréditer toute alternative.

Disons clairement les choses : c’est en partie un échec mais pas que. Rappelons que les situations sont différentes dans chaque pays, la comparaison n’a donc aucun sens. C’est un échec puisqu’ils ont fermé dans la précipitation, sans planifier correctement les choses. C’est précisément ce qu’il ne faut pas faire et personne ne le préconise pour la France. C’est toutefois une réussite dans la mesure où les énergies renouvelables ont progressé de manière spectaculaire Outre-rhin. Au premier semestre 2020, plus de 50% de l’électricité allemande était produite à partir d’énergies renouvelables et ce dans un pays industrialisé. En France, de manière planifié, c’est possible ![4]

2/ Il faut garantir les emplois des travailleurs du nucléaire.

Premièrement, l’argument des emplois à préserver est nul et non avenue. Pour plusieurs raisons. Si un Gouvernement de la NUPES – dont le programme vise le 100% renouvelables en 2050 – gouvernait demain, celui-ci déjà ne fermerait pas les centrales immédiatement, il s’agit de planifier et surtout garantirait aux travailleurs du nucléaires sans emploi, un nouvel emploi ou bien une reformation qualifiante et de quoi vivre dignement pendant ce laps de temps.

Ensuite, sortir du nucléaire ne signifie pas supprimer tous les emplois de la filière. Il faudra des emplois dans le démantèlement des centrales et dans la gestion des déchets par exemple. Il faudra également surveiller les sites.

En outre, les politiques d’économies d'énergie et de développement des énergies renouvelables créent beaucoup plus d'emplois que le nucléaire et que toutes les formes centralisées de production d'électricité. En Europe, il y a déjà environ 5 fois plus d'emplois dans les renouvelables que dans le nucléaire ! L’Ademe estime que d’ici 2050, plus d’un millions d’emplois peuvent être créé en lien avec la transition écologique[5]. Ce couplé avec la diminution du temps de travail, de nombreux emplois seraient disponibles. Par exemple, il est estimé que la semaine de quatre jours génèrerait plus d’un virgule six millions d’emplois.

3/ Il faut des financements conséquents.

Pour qu’une transition énergétique soit réussie, il faut des financements conséquents. Le privé ne le fera pas parce qu’à court terme, ce n’est pas rentable. Or, le privé n’investit désormais que très rarement sur le long terme, la dictature court-termiste des actionnaires jouant son rôle. Le public doit alors entrer en scène. RTE estime que cela nécessite des investissements d’environ 50 milliards par an. Il est temps de s’y mettre !

4/ Une sortie le plus rapide possible... mais pas trop.

Il faut sortir le plus rapidement possible des énergies fossiles – je le remets là encore parce que sinon les nucléaristes vont me taper sur les doigts. Il faut également sortir le plus vite possible du nucléaire. Cela est possible dès 2050. Pour cela, il faut avancer graduellement de tel sorte à ce que les renouvelables prennent la place du nucléaire. Cela ne se fera pas en deux jours. Mais il faut bien l’enclencher.

 

Que faut-t-il faire alors ? Il faut multiplier les investissements dans la recherche et la production d’énergie renouvelable tout en y associant une efficacité et une sobriété énergétique forte. Et oui, il faut dans un premier temps sortir des énergies fossiles et progressivement se désengager du nucléaire à mesure que le renouvelable prend sa place. Il ne s’agit donc pas, comme le dépeigne toutes les caricatures démagogiques des macronistes, d’abandonner le nucléaire du jour au lendemain. Mais bien d’une part d’arrêter la gabegie qu’est la dilapidation d’argent public dans la construction de nouveaux réacteurs et d’autre part de prévoir et de planifier cette sortie par la montée en puissance des renouvelables. Tel que prévue dans les scénarios « 100% renouvelables » à horizon 2050 par RTE[6] et les scénarios de Négawatt[7].

 

Cet article est bien imparfait, manque de précisions et de rigueur sur certains points. C’est tout à fait juste. Néanmoins, il permet de donner matière à penser et à débattre. Il permet d’élargir les perspectives d’une critique du nucléaire tout en ne perdant pas l’objectif priorité de sortie des énergie fossiles… Il doit et sera, je l’espère, complété à l’avenir.

 

Oui, une autre politique énergétique est possible ! Oui, un autre monde est possible !



[2] Un article sur la sobriété est par ailleurs prévu.

[3] Explication du titre : « semi-focus » car il faudrait y consacrer bien plus que ces quelques lignes ; « semi-mauvais » car on va le voir, tout n’est ni blanc, ni noir ; « tentative » car trois centrales nucléaires fonctionnent toujours en Allemagne, la tentative de sortie est donc « ratée » bien qu’elle le soit qu’à moitié puisque la majorité des réacteurs a été arrêtée.

[4] « EN ALLEMAGNE, PLUS DE 50% DE L'ÉLECTRICITÉ ISSUE D'ÉNERGIES RENOUVELABLES AU PREMIER SEMESTRE 2020 », BFMTV, par Frédéric Bergé, publié le 11/09/2020 à 11:31, consulté le 1/11/2022 à 19h39 et consultable ici : https://www.bfmtv.com/economie/en-allemagne-plus-de-50-de-l-electricite-issue-des-energies-renouvelables-en-2020_AN-202009110158.html.

[6] Plus d’information ici : « Transition énergétique et neutralité carbone : les scénarios de RTE pour 2050 » sur https://www.vie-publique.fr/ : https://www.vie-publique.fr/en-bref/282092-transition-energetique-et-neutralite-carbone-les-scenarios-de-rte, consulté le 23/10/2022 à 12h37 + Ademe : https://www.ademe.fr/.../mix-100-enre_evaluation-macro, consulté le 1/11/2022.

Commentaires

  1. Une remarque sur les prix : vous dites que le renouvelable représenterait 50 Md € par an mais dans l'article précédent où vous affirmez que le nucléaire est trop cher, vous soutenez qu'il coûterait 100 Md € (+35 Md € d'enfouissement) sur 5 ans. Ai-je mal compris les chiffres ou alors ce conflit se résout-il dans l'argumentation sur le court/long terme ?

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