Dossier (2/3) : L’extrême droite en France : banalisation et progression électorale.
La montée de l’extrême-droite en France : constat
"Retourne en Afrique", Grégoire De Fournas, député d'extrême-droite Front National. Il a lancé cela le 3 novembre 2022 en pleine séance à l'Assemblée Nationale. Des propos racistes pour quelqu'un qui s'illustre pour son sexisme et son homophobie d'après plusieurs témoignages. Même si elle s'est institutionalisée, l'extrême-droite reste la même. Dans le même temps, le GUD néonazi se reforme. Le 7 décembre 2022, une vingtaine d'individus cagoulés et armés de barres de fer ont tenté de s'introduire lors d'un meeting des députés Louis Boyard et Carlos Martens Bilongo à l'Université de Bordeaux. Ils reprennent par ailleurs les propos de De Fournas, ce qui prouve le lien entre ces militants et ces députés qui, cravatés, veulent dédiabolisés et respectable. Le danger s'accroit ! C'est pourquoi nous allons dans cet article définir ce qu’est l’extrême-droite, en repérer les organisations avant d’en étudier la progression des résultats électoraux.
Qu’est-ce que l’extrême-droite ?
Le Parisien la définit ainsi : « mouvement
conservateur le plus à droite, généralement nationaliste, contre l'avortement,
défavorable à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, convaincu de l'importance
de constituer des communautés raciales, religieuses, économiques, ou autre etc. ».
Le terme «
extrême droite » est employé pour classer des mouvements, des organisations et
les partis politiques placés les plus à droite du spectre politique. Ceux qui
en font partis ne s’en revendique jamais. Il faudrait consacrer un article sur
la différence entre la radicalité et l’extrême droite. Mais à titre personnel,
je considère qu’un mouvement est extrémiste dès lors qu’il est violent, d’autant
plus sur les personnes et discriminatoire. La suppression du droit du sol ou des
totems comme les quota migratoire ou la préférence nationale sont donc d’extrême-droite.
L’extrême-droite évolue comme tous les courants
politiques. Avant la seconde guerre mondiale, il s’agissait des Ligues,
principalement caractérisée par leur antiparlementarisme. Puis des régimes
totalitaires nazis ou fascistes. De nos jours, il s’agit autant de partis politiques
qui se présentent comme « respectable » mais l’arrière-boutique est
composée de violents qui commettent parfois des attentats, souvent des
violences. Pour faire simple et surtout bref, les caractéristiques principales
et récurrentes de l’extrême-droite sont l’antirépublicanisme, l’anti-immigration,
le racisme, l’homophobie, le sexisme, le culte du chef, l’autoritarisme, la
violence, le nationalisme, le révisionnisme et l’antisémitisme.
Par exemple, Augusto Pinochet, Adolphe
Hitler, Benito Mussolini étaient d’extrême-droite. Aujourd’hui, la famille Le
Pen, Éric Zemmour, Naulleau, Florian Philippot, Donald Trump et Bolsonaro sont
d’extrême-droite par exemple. Le Front National, Reconquête et Débout la France
sont des partis d’extrême-droite. Les Républicains tend à la devenir et l’est
déjà sur certains aspects.
Pour compléter, ci-dessous, la
cartographie de l’extrême-droite en France par le Collectif « La Horde »,
version mise à jour en décembre 2022.
Comment évoluent ses résultats électoraux en France à l’élection présidentielle ?
Nous allons observer dans cette partie l’évolution
du vote pour l’extrême-droite depuis 1965 aux premier et second tour de l’élection
présidentielle. Cette partie est essentiellement composé de graphiques.
Premiers Tours
Nb. : Graphique 1 : l’évolution du nombre d’inscrits votant pour l’extrême-droite en France au premier tour (en %). Sont pris en compte : en 1965, Jean-Louis Tixier-Vignancour pour le CTV ; en 1974 : Jean-Marie Le Pen pour le FN ; en 1988 : Jean-Marie Le Pen pour le FN ; en 1995 : Jean-Marie Le Pen pour le FN ; en 2002 : Jean-Marie Le Pen pour le FN et Brunot Mégret pour le MNR ; en 2007, Jean-Marie Le Pen pour le FN, Philippe de Villiers pour le MPF et Frédéric Nihous pour le CPNT ; en 2012 : Marine Le Pen pour le FN et Nicolas Dupont-Aignan pour DLR ; en 2017 : Marine Le Pen pour le FN, Nicolas Dupont-Aignan pour DLR et François Asselineau pour l’UPR ; en 2022 : Marine Le Pen pour le FN, Nicolas Dupont-Aignan pour DLR et Eric Zemmour pour Reconquête.
Sous Jean-Marie Le
Pen, on observe que l’extrême droite progresse énormément entre 1974 et 1988 en
étant multipliée par 14, qu’ensuite elle stagne relativement entre 1988 et 2007
avec une progression notoire à partir de 2002.
Sous Marine Le
Pen, la progression est forte et soutenue à partir de 2012, respectivement de 6
points, 7 points et 6 points (2007-2012 ; 2012-2017 ; 2017-2022).
Nb. : Graphique 2 : l’évolution du nombre d’inscrits votant pour l’extrême-droite en France au premier tour (en nombre de voix). Sont pris en compte les mêmes personnes.
Les constats sont
confirmés ici. La progression de l’extrême-droite en 2002 est d’autant plus relative
qu’en nombre de voix la progression est plus faible compte tenu de l’abstention
plus forte cette année-là. De plus, on a pris en compte deux candidats. Seul, l’augmentation
est encore moins significative : passant de 4 570 838 en 1995 à 4 804 713
en 2002.
Remarque
supplémentaire : ATTENTION : en 2007 et 2012, Nicolas Sarkozy se
présente pour l’UMP, droite mais se situe à droite de son parti. Il adopte une
stratégie d’expression et de proposition radicale pour prendre des voix au Front
National. La baisse de l’extrême-droite n’est donc pas réelle, surtout si on y
rajoute Nicolas Sarkozy où se mélange droite et extrême-droite. Même remarque
pour Fillon en 2017 et Valérie Pécresse en 2022 en termes d’idées reprises. Reconnaissez
que l’on a vu mieux pour lutter contre l’extrême-droite que de... faire comme l’extrême-droite.
Seconds Tours
Nb. : Graphique 3 : l’évolution du nombre d’inscrits votant pour l’extrême-droite en France au second tour (en %). Sont pris en compte les mêmes personnes.
L’extrême-droite progresse significativement
à chaque second tour.
Nb. : Graphique 4 : l’évolution du nombre d’inscrits votant pour l’extrême-droite en France au second tour (en nombre de voix). Sont pris en compte les mêmes personnes.
Même remarque.
Ce n’est qu’une brève analyse très
incomplète mais qui donne toutefois une idée générale plus précise sur le phénomène.
Pour finir le dossier, nous allons la
semaine prochaine dans un dernier billet dresser les raisons de cette poussée
électorale.






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