Militantisme écologiste en question : histoire de la désobéissance civile
« Ecoterrorisme », c’est le terme qu’a osé employer Gérald Darmanin pour désigner les militants écologistes, qui se sont engagé pour l’intérêt général et républicain contre les bassines écocidaires et insensées. Il ne s’agit pas dans ce bref billet de revenir sur le débat des méga-bassines qui vident les nappes phréatiques en pompant l’eau qui s’y trouve pour alimenter l’agro-industrie néfastes pour toutes et tous comme pour les « éleveurs/agriculteurs » eux-mêmes. Mais le but est de réfléchir sur les modes d’actions écolos et notamment ceux critiqués pour trop « radicaux » – ahaha – relevant plus ou moins de la désobéissance civile en les mettant en perspective avec un regard historique.
Qu’est-ce que la désobéissance civile ?
Le terme a été créé par le philosophe états-unien Henry David Thoreau dans son essai La Désobéissance civile, publié en 1849. Il a refusé de payer ses impôts et notamment une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. Il s'opposait également à la politique esclavagiste des États du Sud ainsi qu’au traitement raciste infligé à la population indigène états-unienne.
La désobéissance civile s’inscrit dans la critique du légalisme, c’est-à-dire le fait de considérer que tout ce qui est dans les lois est forcément juste. Une tension se dégage alors entre légalité et légitimité. De fait, tout ce qui est légal n’est pas forcément légitime, juste : il y a bien eu des lois coloniales, racistes. Il y a toujours des lois et une fiscalité sexiste par exemple. Qui plus est, les lois étant modifiées en permanence, cela signifie qu’avant d’être modifiées elles n’étaient pas juste. Cette perfectibilité conservatrice des lois justifie la désobéissance civile.
Suffragisme, émancipation anti-coloniale et antiraciste : la désobéissance civile au fil de l’histoire
Les esclaves ont désobéi pour se libérer du joug colonial. Les femmes ont désobéi pour acquérir le droit de vote ou bien l’avortement. Les afro-états-uniens et les Indiens également. Les exemples ne manquent pas. Et il est certain que sans ces actions militantes, ces causes diverses aux revendications des plus légitimes n’auraient pas abouti aussi rapidement. Le débat existe aussi sur le degré de non-violence autour de ces actions et qu’est ce qui peut être qualifié comme tel. Certains y inclus le sabotage, d’autre non. Par exemple, le mouvement des suffragettes ou suffragistes aux Royaume-Uni a utilisé des bombes pour se faire entendre.
Et maintenant ?
Le péril écologique en cours et qu’il s’agit d’atténuer nécessite une certaine radicalité, j’ai déjà pu l’évoquer dans un article accessible ici[1]. La désobéissance ou la résistance civile est nécessaire. L’urgence est de plus en plus prégnante et tous les modes d’action sont bons pour faire avancer les choses. Même les actions les plus contestées sont quoi qu’il en soit légitime mais surtout utile dans la mesure où cela permet d’ouvrir la fenêtre d’Overton qui définit ce qui est acceptable de dire et de faire dans une société. Et ce en cinq étapes : on passe de l’impensable au « radical » puis à l’acceptable, puis au raisonnable au populaire et enfin aux politiques publiques. La radicalité militante des mouvements sociaux n’est donc pas forcément à vilipender comme cela peut être fait avec les militants de Dernière Rénovation ou de Just stop oil. A titre personnel, je pense que la radicalité militante est nécessaire et bénéfique. Cependant, les dirigeants politiques doivent gagner 50% de l’opinion pour mener à bien cette radicalité. La meilleure façon de procéder est alors de conserver une forme de radicalité sur le fond et ne pas se compromettre dans une fausse radicalité langagière qui finalement ne pourra que réduire la possibilité de transformer radicalement les politiques publiques.
[1] « Urgence écologique - quand la radicalité devient nécessaire et pragmatique », publié le 24 septembre 2022 et accessible ici : https://celian-redon-actu-analysee.blogspot.com/2022/09/urgence-ecologique-quand-la-radicalite.html.

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